La Réunion, une escale de rencontres, de partage et de générosité.


 

Semaine 1, la découverte.

Lundi 13 novembre 2017

 

Aujourd’hui, nous mettons enfin le pied sur la terre volcanique de la Réunion. Après une arrivée – si vous vous souvenez bien du dernier épisode – que l’on aurait aimé plus festive, nous découvrons avec curiosité cette grande île que l’on a appelé autrefois île Bourbon.

A la table d’une petite case sur la place du Port, la ville où se trouve le port, bière et sandwich local à l’appui, nous nous imprégnons de l’ambiance et des odeurs, découvrons les créoles et leur parlé. La bière, c’est la Bourbon et vous pouvez la déguster partout où il est possible de lire « La Dodo lé la ». Le Dodo étant l’emblème de la bière mais aussi cet oiseau décimé par les marins pour sa viande, il y a quelques siècles de cela. Le sandwich, c’est le gratiné poulet, le gratiné museau ou le gratiné bouchon. Vous avez ici un bon exemple de la gastronomie de boui-boui de la Réunion. Comme à notre habitude à chaque arrivée, nous devons nous mettre à jour sur le projet : mise en ligne de nos médias, mails, etc. Nous avons aussi une mission à accomplir ici, réaliser un reportage. Pour cela nous devons trouver un sujet. Le fait est que nous souhaitions réaliser un reportage à Madagascar sur une ONG de développement : Cœur de Forêt. Mais durant notre traversée de la première partie de l’océan Indien, il s’est avéré que ce serait compliqué aux vues des conditions météorologiques à cette période de l’année, de notre planning de navigation et de la distance à parcourir. A Madagascar, c’est le nord qui est intéressant et surtout, accessible pour les voiliers. Cela implique une redescente vers l’Afrique par le canal du Mozambique en laissant à tribord les Comores, Mayotte, et cette île au nom qui fait rêver sur la côte malgache, Nocibé. Ce programme alléchant est un luxe que nous ne pouvons finalement pas nous permettre, rallongeant notre périple de quelques 500 milles de distance mais surtout de trop de semaines.

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Mardi 14

 

Le lendemain de notre arrivée sur la côte ouest de la Réunion, nous passons la journée avec le père du copain de la sœur de Brendan qui vie à la réunion depuis 15 ans. Il nous apprend un peu l’histoire et la géographie, nous fait goûter les plats locaux le midi. La Réunion n’a été colonisée qu’au 15ème siècle par des volontaires envoyés de France. Les premières populations étaient donc des colons blancs accompagnés de leurs esclaves noirs, surtout des Africains de l’est et des malgaches. Aujourd’hui encore, on surnomme les métropolitains les « zoreilles » et les Africains les « Cafres ». Sont arrivés plus tard, au grès des échanges commerciaux, des Indiens Musulmans les « zarabes » et des Indiens Hindous, les « Malbars », originaires de Calcutta ou de la côte de Coromandel (Madras, Pondichéry, Karikal, etc.),  les « Chinois » originaire notamment de la région de Canton en Chine méridionale. Bien entendu, il y a aussi les créoles, tous les autres habitants qui sont issus des métissages, au gré des décennies. La colonisation s’est effectuée sur la côte ouest avant de s’étendre sur la côte est et dans les terres hautes, dans les cirques de Cilaos, Mafate et Salazie, tout autour du piton des neiges. L’altitude atteint plus de 3000m et si l’on y va assez tôt le matin, on peut jouir d’une vue spectaculaire sur les cirques et l’océan indien. La Réunion est donc une magnifique île volcanique, avec ses diverses mornes, ravines et plages de sable noir ou blanc. Comme c’est une île relativement jeune, le récif corallien n’est pas très développé et la côte assez franche en général. Il n’y a donc pas beaucoup de lieux de mouillage pour un bateau comme le nôtre à part l’anse St Paul, un mouillage rouleur et difficile d’accès par la terre en annexe.

En voiture, Jean-Jacques nous fait écouter LA radio réunionnaise, Radio Freedom. Radio Freedom et une radio que tout le monde peut appeler, pour à peu près tout et n’importe quoi. Si vous perdez quelque-chose, appelez radio Freedom avant d’appeler la police, c’est plus efficace. Et c’est la police qui le dit.

Aussi, nous profitons d’être en voiture pour aller nous-même récupérer une voiture, celle de Marion une amie de Sarzeau qui habite ici maintenant. Elle est en vacances en France, nous récupérons sa voiture… Merci Mariooon !!

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Les jours se suivent et ne se ressemblent pas.

 

Nous décidons de passer cette première semaine au port et de chercher une solution pour y être accueilli gratuitement, en même temps que nous prospectons pour notre reportage.

Notre premier contact, c’est Camille, une française qui vie à la réunion depuis 1 an ou 2 et travaille comme médecin. Avec des amis, elle prépare un projet qui s’appelle « L’espoir dans les voiles »Il a pour objectif de sensibiliser à la Leucémie en ayant notamment des actions  dans des  Hôpitaux autour de l’Atlantique. Elle a plein de questions à nous poser et nous donne rendez-vous dans un bar pour boire un coup et discuter. Elle est accompagnée de Franck, un ami qui travaille dans l’armée de l’air. Tous deux font partis du club nautique Portois dont le local est situé non loin de notre marina. Nous discutons beaucoup, ils nous posent des questions, nous exposons nos problèmes : nous avons besoin d’un contact pour démarrer nos recherches pour le reportage et  nous avons besoin d’une solution pour ne pas payer le port, entre autres.

Camille nous donne le contact des « Zordi pou demain » (Aujourd’hui pour demain), un collectif qui centralise et partage toutes les infos sur les actions alternatives et environnementales à la Réunion, entre autre. Elle nous invite aussi à venir manger au club nautique le samedi pour rencontrer les adhérents et parler de notre aventure. Pour le port, elle nous conseille de voir avec le directeur pendant qu’elle se renseignera de son côté.

En fin de semaine, nous n’avons pas de réponse favorable du port, il y a un petit poil d’inertie administrative  entre le directeur qui soit disant « ne peut pas prendre cette décision » et le conseil municipal qui ne se rassemble pas tous les jours et qui doit certainement avec d’autres chats à fouetter. En revanche nous sommes invités par les Zordi pou demain le mardi, pour assister à leur réunion, présenter notre projet et voir comment organiser le reportage, selon leurs contacts. Une mauvaise nouvelle pour une bonne.

Le samedi, nous allons manger au club nautique, rencontrons beaucoup de marins qui ont beaucoup d’histoires à raconter et avec qui nous partageons les nôtres, d’histoires. En fin de soirée, un vieux loup de mer nous raconte comment il devenu skipper d’un voilier de 30 mètres à 18 ans dans les Caraïbes, comment il a failli finir en prison pour un trafic d’armes dont il ne savait rien, comment il a emmené  Paul McCartney et Mick Jagger en croisière avec leurs familles, comment il est revenu de tout ça…

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Semaine 2, la sédentarisation.

 

En début de semaine, nous essayons toujours et par tous les moyens de trouver une solution pour rester à quai. Nous faisons des bureaux à gogo pour essayer de trouver LA personne suffisamment influente et intéressée par le projet pour nous permettre de profiter gracieusement de notre place au port. Le mardi soir, nous nous rendons au local des Zordi et c’est à partir de là que tout va un peu se décanter, enfin surtout pour notre reportage.

Nous sommes accueillis par des gens adorables et investis, qui ont à cœur de faire bouger les choses et se battent pour le changement des mentalités et de nos actions, dans la vie de tous les jours. Il y  de très bonnes choses à manger et à boire en même temps que l’on discute l’ordre du jour : kéfir, jus de goyave, de papaye etc. Gâteau à la banane et à la peau de banane (un réel délice), roquefort (sur lequel on se jette poliment). Nous présentons notre projet, montrons quelques vidéos et discutons de notre voyage, de notre défi zéro déchet et de notre projet de faire un reportage ici. Tout de suite, nos nouveaux amis sont très investis et Marie-Madeleine, une des doyennes du groupe – chez qui l’on fait la réunion – et qui connaît bien la Réunion prend les choses en main. Elle est secondée de son amie Nickie et à toutes les deux, elles vont nous être d’une grande aide.

En 10 min, nous avons tous les contacts qu’il nous faut pour monter un reportage sur les initiatives qui existent à la réunion et ça a l’air passionnant. Joaquim est en charge du reportage, à lui de jouer du téléphone. Marie va également essayer de nous gérer une place pour le bateau dans le port militaire par un ami à elle. On en saura plus dans les prochains jours. Tout le monde y met du sien pour nous aider et c’est extrêmement touchant, ça fait chaud au cœur. Nous savons déjà qu’il y a ce week-end un festival, à St Denis, sur les initiatives alternatives qui existent à la Réunion. Ça s’appelle Alternatiba, ça existe déjà dans plusieurs pays et ça a l’air génial. Nous arrivons à avoir Simon au téléphone, le président de l’association à la Réunion. Il sera heureux de nous accueillir au festival et aussi très content de pouvoir répondre à nos questions.

Nous sommes mardi et le temps de contacter toutes les personnes et de commencer à avoir des réponses, nous décidons de profiter un peu de l’île et de nous rendre dans « les hauts », randonner aux alentours des cirques qui dessinent les reliefs très escarpés de la Réunion. Il faut partir tôt le matin pour avoir une chance de profiter du lever de soleil et d’une vue dégagée, avant que l’évaporation ne se fasse et que le ciel ne se couvre.

Nous passons également du temps à travailler. Entre les coups de fils pour organiser le reportage, ceux pour gérer une place au port, les médias pour quelques interviews et la gestion habituelle du projet, nous avons quand même de l’occupation. Nous devons également déplacer le bateau en baie de St Paul car nous n’avons pas trouvé de solution pour rester au port, l’option « en garnison chez les bidasses » se révélant impossible. La baie de St Paul comme mouillage, ce n’est vraiment pas top, il y a du roulis et rien de bien pour mettre l’annexe. Nous sommes obligés d’escalader un vieux ponton à l’abandon où pêchent les jeunes et les vieux de St Paul. C’est galère et pas très sécure ni pour notre dinghi ni pour nous mais bon, pas le choix.

 A ce train-là, le week-end est vite arrivé et c’est pour nous l’occasion d’aller jusqu’à St Denis, par l’autoroute du littoral où ils sont en train de construire une nouvelle autoroute, sur pilotis, un projet pharaonique qui, selon les dires des locaux, ne changera strictement rien au problème de fréquentation et d’engorgement de St Denis. Bref, le vendredi soir nous sommes invités à la colocation de Camille pour un barbecue. Nous pouvons rester dormir et aller directement au « Village Alternatiba » le lendemain.

Samedi matin 9h, nous nous rendons au village Alternatiba, frais comme des gardons. Cela se déroule dans un grand jardin public, sur une belle pelouse ombragée. Il y a énormément de projets représentés, ça promet pour la journée.  Nous retrouvons nos amis des Zordi Pour Demain, ils nous indiquent un peu où sont les initiatives intéressantes etc… Nous allons interviewer Sonia qui a créé le site internet « Kelpoubelle » sur lequel sont recensés tous les déchets imaginables. Elle explique surtout quoi en faire, comment donner une deuxième vie aux déchets ou à défaut, où les jeter. Sylvain de l’association « Reparali » accepte également de répondre à nos questions. Son but avec l’association, réparer tout ce qu’il est possible de réparer. D’après lui, il y a toujours moyen de récupérer des pièces dans un objet pour les utiliser dans un autre, ou même d’en créer un nouveau. Exemple : créer une éolienne avec les pièces détachées d’un lave-linge.

Nous rencontrons Simon, rapidement parce que très occupé à gérer tout ça, et nous fixons un rendez-vous pour le mardi suivant, à St Pierre, pour une interview. Après le repas du midi, alors que nous sommes occupés à déguster un délicieux thé à la menthe, nous sommes rejoints par Yannick, du « Repère du Dodo ». Le Repère, c’est un gîte pour 6 personnes, construit par ses soins à partir de matériaux récupérés. Avant de se lancer dans ce projet, Yannick construisait des bâtiments « conventionnels », mais à force de voir le gaspillage de matériaux et le manque de logique dans la construction par rapport à l’environnement de l’habitation, il a décidé de tout lâcher et de tenter le coup. Résultat, un gîte logé au milieu d’un jardin, réalisé avec 80% de matériaux récupérés et pour seulement 13 000 € au total. Et c’est un vrai gîte, tout confort. En voyant les photos, nous sommes impatients de lui rendre visite, lundi. En plus il nous invite à manger.

Pour la suite du festival, nous passons beaucoup de temps à discuter d’initiatives de tous bords, nous parlons aussi beaucoup de notre projet, de nos moyens pour réduire nos déchets, nos solutions. Il y a aussi des petits spectacles ou concert en fin de journée, l’ambiance est très sympa, vraiment. C’est génial de voir autant de gens avec des idées de changements, des idées pour l’avenir, des initiatives qui fonctionnent, autant de gens qui sont rassemblées autour d’une même volonté alternative.

Samedi soir, nous sommes de nouveau invités chez Camille. Donc petit repas bien sympa, on rigole bien, on joue aux cartes et on ne se couche pas trop tard histoire d’être bien pour la deuxième journée du festival, surtout Joaquim qui est très fatigué car c’est lui qui fait le reportage. Les membres de la colocation pourront confirmer cette version de la soirée. La journée du dimanche se passe donc au mieux, jusqu’à ce que nous retournions à notre bateau. C’est la surprise du chef, notre annexe n’est plus du tout attachée à l’endroit même où nous sommes sûrs de l’avoir amarrée. Ok super, pas de panique les gars, pas de panique. Sur la jetée, on demande à un pêcheur : « Oui, non, je ne sais pas trop… Enfin si je crois qu’elle était là ce matin, vers 9h… » D’accord. Bon alors soit on nous a volé notre annexe, soit elle s’est détachée, soit on nous l’a détachée. Il est 17h, on se sépare en deux pour aller d’un côté et de l’autre de la plage. Au restaurant « La Capitainerie », le patron n’a rien vu, mais la serveuse nous indique qu’elle a vu un petit bateau blanc à la dérive, vers le sud, aux alentours de 13h30… Yes, l’espoir renaît ! Robin longe la plage pendant que Joaquim va prévenir les autres, on se tient au courant par téléphone.

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Robin : « J’ai longé la plage, à la nuit tombante, jusqu’au bout du bout en demandant à tous les pêcheurs s’ils avaient vu passer quelque chose. Mais non, rien. La nuit est bien noire quand j’arrive sur les rochers, mais heureusement j’ai une lampe et je tombe sur le fond gonflable de l’annexe. A ce stade, j’ai très bon espoir de retrouver le reste. Je laisse le fond et mes tongues avant de continuer sur les rochers. C’est malheureusement en vain que je crapahute jusqu’aux falaises où je dois capituler : je te peux plus avancer, ça devient dangereux et cette annexe de malheur n’est nulle part…  Je rebrousse chemin, appelle les gars pour qu’ils me récupèrent sur la corniche après qu’ils aient récupérés le fond et mes tongues. »

 

Bon ben voilà on est foutue, pas moyen de retourner au bateau ce soir. On appelle Jean-Pierre, un ami du père d’Igor pour savoir s’il peut nous héberger pour la nuit. Dans la foulée nous appelons Radio Freedom pour signaler la disparition de notre annexe. Au passage, l’animateur nous pose quelques questions et Robin est rendu à expliquer le projet à la radio… On en rigole bien dans la voiture, ça nous remonte le moral… Jean-Pierre est aussi ok pour nous héberger, au top !! Le lendemain, nous emprunterons le paddle gonflable de Sylvain, notre voisin de ponton au port. Le plan c’est de retourner au bateau puis de retourner au port, à quai, où nous n’avons pas besoin d’annexe. Le truc c’est que le soleil se couche, c’est pile l’heure des requins et avec toutes les histoires ici, on n’est pas fiers. Nous tirons à la courte paille pour savoir quels vont être les deux têtes brûlés à se lancer. Ça tombe sur Robin et Igor et ils vont ramer comme ils n’ont jamais ramé.

Notre voisin, Sylvain, et sa compagne Karine, sont des personnes extraordinaires. Ils ont débarqué en Nouvelle-Calédonie pour y travailler, ont acheté un bateau avec la participation du frère de Sylvain, ont fait une petite fille et sont partis sur la mer avec. Des amis et de la famille se sont relayés à bord d’Argal au fur et à mesure du périple qui est passé par le Vanuatu, la Papouasie et l’Indonésie notamment. Ils sont l’ « Argal Tribu ». Aujourd’hui, ils sont ici à la Réunion et attendent de revendre le bateau pour repartir en France, trouver une petite ferme. Ils ont envie de terre qu’ils nous disent, de changer de projet avant de racheter un bateau plus tard, peut-être. Nous nous entendons très bien et discutons de tout et de rien à peu près tous les jours, quand on se croise.

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Semaine 3, tournage du reportage.

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Avec ce retour au port commence la troisième semaine de notre séjour ici, pleine de rebondissements. D’abord, Franck nous annonce, comme ça sans prévenir, que les adhérents du club de voile Portois ce sont cotisés pour nous payer la place de port… pour 12 nuits.  Ouuuaaaaaah !!!! Sans blague, nous restons bouche bée devant autant de générosité, c’est difficile de trouver les mots pour exprimer notre reconnaissance et en plus, ça tombe vraiment à pic.

D’un autre côté, Marie-Madeleine avait parlé de notre problème de place de port à un ami à elle, Gillou, qui tient un bistrot en ville. Il nous propose d’organiser un après-midi crêpe-galette, dimanche prochain, pendant lequel nous présenterons notre projet. En échange, il nous paye trois jours de port et nous pouvons même garder la recette des crêpes (pas la recette au sens 700 grammes de farines, un bol de cidre, etc.). Crêpes qu’il prépare lui-même, et oui il est Breton, mais de toute façon des bretons il y en a partout, pas besoin de chercher trop longtemps. C’est vraiment très généreux de sa part, il a un grand cœur pur beurre salé il n’y a pas de doute.

 

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Lundi

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Nous sommes donc le lundi et c’est le cœur tout plein de ces bonnes nouvelles que nous nous rendons chez Yannick, au Repère du Dodo. Nous arrivons pour le repas et sommes accueillis comme des rois. Au menu, coco râpée au citron et herbes aromatiques en entrée, colombo de poulet maison accompagné de riz et de Brède (Préparation à base de feuilles et/ou plantes, comme de la salade) en plat, salade de fruits en dessert (mangue, papaye, ananas, citron, etc.). Yannick et sa femme Reine-Claude ont préparés tout ça, ce sont de fins cuisiniers. La plupart des ingrédients proviennent du jardin ou sont récupérés par Yannick, à droite à gauche. Yannick est un as de la récupération, il faut le savoir. C’est ce qu’on va voir en visitant le gîte après mangé.

Le gîte en question est entouré d’un jardin potager ainsi que d’un jardin d’ornement et fruitier où toutes les variétés sont indiquées, à l’attention des locataires. Le bâtiment construit par Yannick est très coloré et tout est très bien pensé. En tant qu’ancien maçon, il a aussi le bagage pour. Il a pensé tout le système d’aération en imaginant un espace entre le toit et le plafond et il fait étonnamment frais à l’intérieur : « les constructions d’aujourd’hui sous les tropiques, c’est un peu n’importe quoi : on construit en béton, tout étanche, pour mettre la clim’ à l’intérieur après, il faut être malin et penser renouvelable, c’est l’avenir de la construction. Le béton, ce n’est pas renouvelable. »

Idem pour le système d’eau qui est filtré est repart en partie dans le jardin. Enfin tout ça est très bien fait et surtout, c’est de la récupération à 80%,  sans en avoir l’air, des trucs et des astuces. Le coup de la construction, 13 000 € au total, en majeure partie pour un mur de soutènement qui donne sur la route, plus 2-3 trucs de ci de là.

Nous sommes impressionnés par l’inventivité et la débrouillardise de Yannick, par sa vision de la vie aussi, des enjeux de notre temps. Cet homme est une leçon de vie à lui seul.


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Jeudi

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Le jeudi de la même semaine, entre une interview pour Réunion 1ère et une ou deux randonnées, nous nous rendons au Comptoir du Vrac, une épicerie de vrac ouverte quelques jours dans la semaine, gérée par des bénévoles et ne proposant que des produit en vrac ou presque. Il y a également des ateliers organisés pour apprendre aux volontaires comment vivre 0 déchet. Nous réalisons quelques interviews, discutons avec les usagers et profitons tant que possible de cette ambiance volontaire où chacun souhaite faire sa part pour un avenir durable. Nous rencontrons un couple et leurs enfants engagés dans le « Défi famille » organisé par le Comptoir du Vrac. L’idée est d’encourager les gens à diminuer leur production de déchets par différents moyens pendant quelques mois (la durée est précise mais là on se rappelle plus). 40 familles y participent et les résultats sont déjà prometteurs.

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Vendredi

 

Le vendredi soir, nous sommes invités à manger chez Fanch et Malou, encore des bretons, installés depuis quelques années ici à la Réunion. Fanch est le fils d’une très bonne amie de Serge, le père d’Igor. Au menu, fondu au fromage à la Réunionnaise, avec du fromage d’ici donc. Parmi les autres invités il y Simon d’Alternatiba qui par un heureux hasard, est un ami de Fanch. Il y également Ben, qui a des poules et qui déménage dans 1 mois. Il souhaite laisser s’est poules à quelqu’un et ça pourrait potentiellement être nous. Mais Ben est très attaché à ses poules. Il leur cuisine du riz aux épices le matin et elles adorent ça. Il ne pensait pas s’en séparer aussi tôt et ça lui pose problème mais nous n’abandonnons pas.

Après nous en être mis plein la lampe et avoir bu quelques coups, le sujet des poules est relancé, mais Ben hésite, résiste même dans une âpre négociation. Toute la tablée s’en donne à cœur joie :

  • « Mais aller Ben, donne les tes poules, elles vont faire le tour du monde et traverser des océans !! »

  • « Ouai vas-y Ben, de toute façon tu dois les donner te fait pas prier !! »

  • « Aller Ben donne leur tes poules bordel…! »

 

Et nous un peu gênés parce qu’il a l’air d’y tenir beaucoup à ses poules, et que tout le monde lui met la pression :

  • « Tu fais comme tu le sens Ben vraiment hein, mais on s’en occupera bien tu sais… »

 

Évidemment l’ambiance est à la rigolade et finalement, Ben accepte l’idée de nous donner ses poules, victoire !

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Samedi

 

Le samedi matin, nous avons rendez-vous avec les Zordi Pou Domin à la plage de Cap-Homard pour participer au projet « Adopte un arbre », une action menée en partenariat avec le centre de soin aux tortues Kelonia, le Repère du Dodo et l’association « Les P’tits Boucaniers ». Cette association prend en charge les enfants de l’école primaire de Boucan-Canot sur leur temps périscolaire du mercredi après-midi pour les impliquer dans toutes sortes d’activités culturelles et artistiques.

L’idée du projet, c’est que chaque enfant volontaire plante et parraine un arbre dans le but de reboiser un peu la dune et le front de mer. Une partie de ces arbustes sont des points de repère olfactif pour les tortues qui viennent pondre sur la plage. Grâce au centre Kelonia et à son directeur Christophe présent aujourd’hui, les tortues sont de retour car en partie réintroduite dans leur milieu, depuis une quinzaine d’année. Cette action menée de concert est très belle : le centre Kelonia apporte son expertise scientifique pour les essences à replanter et les lieux à choisir. Yannick du Repère du Dodo a installé aujourd’hui un grand panneau explicatif en haut de la plage pour éclairer les usagers sur le projet  « Adopte un arbre ». Il a aussi fabriqué toutes les pancartes correspondantes aux arbres, pour que chaque enfant reconnaisse son arbre. Les volontaires sont là pour veiller sur leurs arbres sous l’œil attentif de leurs parents et de Danielle, la directrice de l’association. Enfin, les Zordi Pou Domin sont là pour coordonner tout ce beau monde, organiser l’action et préparer le goûter, quand même.

Danielle, responsable des « P’tits boucaniers » nous invite à venir voir les enfants mercredi prochain pour leur présenter notre projet et passer du temps avec eux. Nous acceptons volontiers, si toutefois nous pouvons nous rendre disponible. Danielle est une femme extraordinaire, fonctionnant sur un nouveau type de batteries à énergie positive débordante, inépuisable, renouvelable et partageable, un truc de malade, du jamais vu.

Aussi, Christophe du centre Kelonia (que nous visiterons jeudi prochain), nous explique qu’ils vont avoir des tortues de captivité à remettre en liberté au large dans quelques jours et nous propose de le faire, lorsque nous repartirons pour l’Afrique. Nous acceptons bien entendu, si cela se confirme.

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Dimanche

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 Aujourd’hui, c’est présentation du projet Sailing for Change et après-midi crêpes au Bistrot Gillou, sur la place du Port. Gillou a préparé les pâtes, froment et sarrasin, comme à la maison. Pendant que Brendan, Igor et Joaquim présentent le projet à l’assemblée d’une vingtaine de personnes, Robin est au Bilig  est enchaîne les crêpes. Sont notamment présentes nos mamies de la Réunion, Nickie et Marie-Madelaine, un couple rencontré à Alternatiba et 2 couples que nous ne connaissons pas encore. Après la présentation, on apprend qu’ils ont pour projet de partir en bateau avec un objectif 0 déchet, ça fait une semaine qu’ils y pensent et apparemment, on tombe à pic !

Pour la fin d’après-midi, nous proposons une visite du bateau et tout le monde nous suit jusqu’au quai. Yannick nous rejoint là-bas et il a une surprise pour nous. Il a invité son frère et un ami qui arrivent en grande pompe en jouant respectivement de la cornemuse et de la bombarde. Ce geste nous touche beaucoup et nous rapproche un peu de chez nous, pour quelques minutes.

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4ème et dernière semaine

 

Notre dernière semaine sur l’île Bourbon est bien chargée. Il y a beaucoup de gens à venir nous voir tous les soirs sur le bateau, avant que nous mettions les voiles. La plupart des personnes que l’on a rencontrées ici en fait.

Le mardi, nous nous rendons à la réunion des Zordi Pou Domin pour faire le bilan de notre séjour, pour le reportage, pour remercier tout le monde de leur soutien et pour récupérer un tas de choses que nous ont mis de côté nos mamies. Des Torchons, des serviettes, de la vaisselle et des ustensiles de cuisine. Nous récupérons aussi notre linge propre, parce que Nickie et Marie-Madeleine nous ont forcés à le leur donner pour faire la lessive et tout plier bien carré.

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Mercredi

 

Le matin, c’est au Conservatoire de Mascarin que nous avons rendez-vous. Le conservatoire et une banque de données magistrale de la flore de la Réunion. Il développe des projets de sauvegarde de plantes endémiques, ainsi que de réimplantation d’espèces menacés.

Pour le déjeuner et l’après-midi, nous allons jusqu’à l’école primaire de Boucan-canot, retrouver Danielle et les enfants. A peine assis à une table dans la cour de l’école pour déguster le délicieux repas offert par Danielle, les enfants nous rejoignent et nous assaillent de questions, auxquelles nous sommes très contents de répondre, même la bouche pleine. Dans l’après-midi, ils nous chanterons des chansons et nous raconterons notre aventure. Nous jouerons ensuite à divers jeux et nous ferons beaucoup de câlins, car ces enfants-là adorent vraiment les câlins. Nous avions prévu de leur laisser un petit Sinagot en cadeau mais ils nous devancent et nous offre des t-shirt, à l’image de nos personnalités. Ils sont vraiment adorables et nous avons du mal à nous en détacher. Heureusement, leurs parents viennent les récupérer et nous sommes invités par Danielle à déguster une glace sur la plage. Danielle est vraiment trop géniale, tout comme les enfants dont elle a la garde.

Le soir, nous sommes invités à manger chez les 4 jeunes que l’on a rencontrés au Gillou bistrot. Nous discutons de leur idée de voyage, de notre expérience, de la possibilité qu’ils puissent reprendre notre projet au simplement le nom ou l’association. C’est une très bonne nouvelle pour nous qui serions plus que ravis de voir notre projet se poursuivre.

 

 

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Jeudi

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Aujourd’hui direction Kelonia, le centre de protection pour les tortues. Le centre est divisé en deux parties. L’une réservée au public, où l’on peut en apprendre une tonne sur les tortues de la Réunion, où l’on peut en voir dans des bassins. La seconde partie, c’est le centre de soins. Christophe, le directeur, nous fait visiter la partie soins et nous nous débrouillerons pour le reste. Au niveau soin, il y a plusieurs bassins pour des tortues en convalescences, surtout victimes d’intoxication liée aux plastiques ou d’hameçons de pêche coincés dans leur gorge. Ici, on opère les tortues, on les soigne avant de les relâcher en mer. Il y a aussi un programme de réinsertion de tortues dans leur milieu, des tortues qui naissent ici en captivité et qu’on relâche ensuite en mer, équipée de balises GPS pour suivre leur parcours et ainsi étudier leurs comportements, leurs destinations. Christophe nous confirme que nous pourrons emmener avec nous 4 tortues, si nous le souhaitons, pour les relâcher en mer à 50 milles des côtes. Nous acceptons volontiers, c’est un truc de malade !

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Fin de semaine, les adieux.

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 La fin de semaine est mouvementée, entre la préparation du bateau, l’accueil des personnes qui nous visitent en journée et le soir, et les emplettes pour la traversée : nourriture, eau, gaz, etc.

Au niveau avitaillement, nous avons la chance de nous être fait prêter une voiture par Marie-Madeleine, sa voiture. D’ailleurs au niveau des voitures nous avons eu beaucoup de chance. C’est d’abord Marion, notre amie bretonne en vacance en Bretagne qui nous avait prêté sa voiture. Ensuite, lorsqu’elle est revenue, Franck, l’ami de Camille et membre du club de voile, nous a prêté la sienne pour plusieurs jours. Lorsque Camille a vendu sa voiture parce qu’elle ne grimpait plus les côtes et qu’à la Réunion il y a des côtes partout, Franck nous a repris la sienne pour la lui prêter à elle. Nous nous retrouvions donc à pied, jusqu’à ce que nos mamies s’arrangent pour covoiturer et que l’on puisse donc récupérer l’auto de Marie-Madeleine, dans laquelle, au passage, on ne peut rentrer que par la porte conducteur. Ça, c’est de l’entraide. Merci beaucoup, vraiment.

Le samedi, nous avons invité tout le monde à venir boire l’apéro et nous dire au revoir, entre 14h et 18h, heure à laquelle nous larguerons les amarres. Tous nos amis répondent à l’appel et l’on nous apporte des cadeaux. Jean-Pierre nous offre des livres pour la traversée et un beau et grand drapeau de la Réunion. Ben nous apporte les poules et de quoi les nourrir pour quelques jours. Yannick nous offre énormément de fruits et légumes, dont 30 kg de patates, des herbes aromatiques, des œufs, des épices, de la bagasse pour le poulailler (bagasse : canne à sucre broyée). Un ami de Jean-Pierre nous apporte un vieux spi pour le portant, un peu troué mais facilement réparable et de toute façon comme nous avons explosé le nôtre en mer des Caraïbes, on prend tout. Nos mamies nous apportent une dernière corbeille de linge ainsi que des jus maison et une bouteille de rhum. Enfin, Christophe nous apporte 4 tortues équipées de GPS, prêtes à être relâchées.

Le soleil va bientôt se coucher et nous devons faire nos adieux à tous ces gens qui nous accueillis, aidés et soutenus, nos amis. Nous larguons les amarres, la larme à l’œil, et nous dirigeons vers la sortie de la zone portuaire. Fanch nous accompagne jusqu’au bout en contournant les différentes darses pour se rendre sur la dernière grande digue qui fait la limite entre le port et l’océan indien. La nuit presque tombée, on le distingue à peine lorsque l’on passe la digue mais nous l’entendons clairement nous lancer un « Kenavo les amis, Farewell ! » auquel nous répondons, le cœur lourd. Qu’est-ce que c’est dur les départs bordel…

  • Distance parcourue : beaucoup de km au final, entre St Denis, St Paul, St Pierre, St Leu et les sommets.

  • Vitesse moyenne : à peu près 90 km/h mais ça dépend beaucoup des routes…

  • Nombre de jours en mer : 4h, soit un aller-retour à la baie de St Paul, pour se piquer l’annexe.