La mer de Corail, le détroit de Torres, les mers d’Arafura puis du Timor, Bali

 

 Port Moresby, dernière escale de l’océan pacifique

 

Notre passage à Port-Moresby sera bref, juste le temps d’effectuer les préparatifs pour le célèbre passage du détroit de Torres et la nav’ qui suivra, jusqu’à Bali. Pourtant, le hasard ou la chance vont nous amener à rencontrer Ben et sa compagne, un couple plus que généreux.

Nous arrivons de nuit dans le lagon et avions décidé à l’avance de mouiller quelque-part en avant de la marina, mais en approchant petit à petit, on se dit que nous pouvons peut-être tenter d’entrer dans la marina comme ça, ni vu ni connu. C’est vrai qu’il y a beaucoup de cargos ici et pas mal de vent, on serait mieux à l’abri. Une fois passées les digues, un security-guard placé dans la guérite prévue à cet effet, devant laquelle nous venons juste de passer, nous appelle à la VHF et nous informe que nous ne pouvons pas rester dans la marina sans avoir fait les formalités d’entrée dans le pays. Il faut que l’on ressorte pour mouiller juste à côté. Le garde est drôle, il nous pose pas mal de questions et n’arrive pas à dire correctement « Ekolibri ». Nous sommes morts de rire.

Le lendemain, formalités effectuées, nous allons visiter la marina. Le bâtiment du yacht club est immense et c’est le grand luxe, il y a même des billards gratuits. Après discussion à l’accueil, nous décidons de laisser le bateau en dehors des digues car le prix d’une place est trop élevé. Le soir venu, pendant une partie de billard, nous commençons à discuter avec un homme qui joue à côté. Il s’appelle Ben et est australien, il vie ici depuis 17 ans et a un bateau dans la marina. Quand il apprend que nous mouillons à l‘extérieur de la marina, il nous dit que ce n’est pas possible, que ce n’est pas sûr. Il a des amis partout dans la marina et la situation est trop marrante :

– Ben : « Tiens demande à untel il te dira la même chose. »

– Untel : « Ben oui les mecs, Ben à raison il faut rentrer votre bateau ! »

– Nous : « Oui mais enfin bon, c’est cher et il est 22h30 là… »

– Ben : « Non mais on s’en fou de ça, moi je vous paye la place, vous vous mettez là-bas c’est parfait, mon bateau est en face, vous serez bien, j’arrange tout ! Et sinon vous voulez des bières ? On se rejoint à mon bateau ! »

– Nous : « Bon alors ok Ben, on fait comme ça, merci ! »

– Ben : « Non non ce n’est rien, ce que vous faites est génial ! »

Nous rentrons Ekolibri et rejoignons Ben, il nous a acheté une caisse de bière et de la glace, du délire. Puis il nous fait visiter ses deux bateaux, le premier sur lequel il habite et le second, pour la pêche, qu’il veut vendre. C’est à ce moment qu’il nous offre des leurres et des lignes de pêche, du matériel qui vaut très cher. Nous n’en revenons pas. Ben est décidément un type extra.

Nous resterons une nuit de plus, qu’il payera également. Nous le remercions du fond du cœur, ce n’est pas si courant de tomber sur des personnes comme ça. Cela réchauffe nos cœur juste avant de partir pour le fameux détroit de Torres, même si, soyons honnêtes, nous n’avions pas froid à la base, vu les températures…

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Le passage du détroit.

  

Dimanche 27 août 2017. Distance entre l’entrée et la sortie : 150 milles. Temps de navigation estimé : entre 18h et 35h en fonction du vent, mais ça peut aussi être plus. Largeur du chenal : 1 à 2 milles.

Torres, détroit au combien connu pour le labyrinthe d’îles et de hauts-fonds qu’il dessine entre la mer de Corail et la mer d’Arafura est aujourd’hui doté d’un chenal bien balisé et il y a beaucoup de bateaux à l’emprunter. C’est rassurant d’un côté car la carte doit être juste et en cas de problèmes, nous sommes contents de savoir que l’endroit est surveillé. En revanche nous sommes moins rassurés lorsque l’on sait que la très grande majorité des navires qui empruntent ce passage font 150 fois notre taille. Par chance, nous avons des conditions optimales au moment d’aborder Torres.

 

« Je prends mon quart à 3h et nous sommes entrés dans le chenal du dit détroit il y a 5h déjà. Joaquim me met au fait de la situation : nous sommes au bon plein et traçons pas mal, 7 à 8 nœuds. Derrière nous, une lueur au loin, peut-être un cargo… La barre en main, je maintiens le cap sur la limite nord du chenal, pour bien laisser la place aux monstres d’acier qui croisent dans le coin. Joaquim ne s’est pas trompé, nous sommes bien talonnés par l’un d’entre eux, il passera sur notre bâbord d’ici une trentaine de minutes… »

A bâbord, le chenal, à tribord, « Dalrymple Island » et son feu à éclats blanc, période de 5 secondes, 11 milles de portée. C’est ce que l’on doit raser de prêt pour laisse la place au gros porteur qui nous dépasse dans la nuit. Il y a du passage, un autre bateau arrive dans le chenal en sens inverse, forçant le premier à se décaler sur nous… Ça joue des coudes, mais nous ne sommes pas de taille. Aller, on dépasse un peu hors du chenal, ce n’est pas bien grave, il y a du fond. Nous avons le vent avec nous et une bonne marge dans notre allure, mais c’est tout de même très impressionnant de ce faire dépasser par des cargos géants, dans la nuit et dans le chenal du détroit de Torres. Nous sommes extrêmement vigilants. Au matin, le passage est clair, pas d’autres bateaux pour le moment. Le vent est toujours aussi appuyé et comme il n’y a pas de houle, nous gardons une vitesse moyenne de 7,5 nœuds. Dans l’après-midi nous irons même jusqu’à 8,2 nœuds de moyenne. Avec des vitesses comme ça, nous sortons du détroit à la nuit tombante, évitant de justesse la proue d’un cargo que l’on croyait à l’ancre. Nous avons bouclés cette affaire-là en 19h, bienvenue, merci, bonsoir.

C’est maintenant la mer d’Arafura qui s’offre à nous, avant la mer du Timor, pour une des plus chouettes nav’ d’Ekolibri.

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Après Torres, un air de vacances.

 

Mercredi 30 août 2017. Vent est/sud-est entre 15 et 20 nœuds. Allure grand largue. Cap à 280°. Distance à l’arrivée : 1420 milles.

En général, nous sommes plutôt habitués aux conditions sous les tropiques, 25° à 30°, idem pour l’eau, peu de pluie et du vent la plupart du temps. Mais parfois, c’est encore mieux ! Après le détroit, nous avons 2 jours de temps nuageux durant lesquels Ekolibri trace sur la mer d’Arafura. Puis, le vent assez soutenu se calme, la mer s’aplatie et il ne reste que quelques nuages, éparses. Durant les 4 jours qui suivent, nous avons 30°C à l’ombre et pouvons profiter de la baignade tous les après-midi. Une petite brise, entre 10 et 15 nœuds, nous pousse tranquillement et nous permet d’avancer suffisamment sans se traîner, sur une mer plate de vagues tout juste animée d’une longue et belle houle. Parfois, lorsque le vent faibli un peu et que le bateau ralenti à 2 ou 3 nœuds, nous pouvons apprécier pleinement de nager autour et sous le bateau. Passer de l’avant à l’arrière, sous la quille, s’écarter à bâbord ou à tribord ou encore se laisser dériver tranquillement avant de rattraper le pare-battage qui traîne à l’arrière. Il y a toujours un de nous sur le bateau, au cas où le vent se lève brusquement. Nous nous situons désormais sur la mer du Timor et honnêtement, des conditions comme ça, même sous les tropiques, ce n’est pas tous les jours.

La nuit du 30, après le crépuscule, nous distinguons une lueur à l’horizon, qui pourrait être un navire. Il y en a ensuite une seconde qui apparaît, puis une troisième. En moins de 20 minutes il y a une dizaine de lueurs qui apparaissent. Puis à tribord, idem. Nous en déduisons que ça doit être des bateaux de pêches qui font leur campagne par ici. Il y a justement l’un d’entre eux droit devant nous, et nous nous rapprochons de lui. Ses lumières sont vraiment aveuglantes, même à plusieurs milles de distance. Lorsque nous croisons le navire, notre hypothèse se vérifie, c’est bien un bateau de pêche qui attire le poisson grâce à d’énormes lampes. Je suis à peu près sûr que cette méthode est interdite en France voire même en Europe. En tout cas, c’est impressionnant de se sentir encerclé comme ça, au beau milieu de la mer.

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Anniversaire de Robin

 

Lundi 1er septembre. Vent est/sud-est entre 15 et 20 nœuds. Allure grand largue. Cap à 275°. Distance à l’arrivée : 1120 milles.

Le 1er septembre, c’est l’anniversaire de Robin, et s’il devait y avoir une journée parfaite, encore plus parfaite que toutes les autres, c’était celle-ci. Les conditions sont idéales, une mer calme, un ciel dégagé et du vent comme il faut, une bonne allure. Nous pêchons un thon dans l’après-midi, tout juste ce dont nous avions besoin pour préparer un bon repas et fêter ces 28 ans comme il se doit. L’ambiance à bord est à la fête et le temps au beau fixe, à moins que ce ne soit l’inverse. Nous jouons aux cartes, aux dés, nous rigolons bien. Cette traversée de la mer d’Arafura est un véritable plaisir, que tout marin saurait apprécier à sa juste valeur.

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Derniers jours avant Bali.

 

Ces jours-ci nous croisons quelques bateaux et ce sont très certainement des bateaux de pêche, ils ont tous cette forme de jonque, bas sur l’eau avec une étrave en banane et la poupe surmontée d’un imposant roof. Ils apparaissent en avant de nous, nous croisent, tanguent dans les vagues. Puis nous entendons leurs vieux moteurs et sentons leurs émanations de gaz. Ils partent dans le même sens, traquer je ne sais quel banc de poisson. Nous croisons également une espèce d’énorme flotteur, comme ça, sans lumières ni rien. Typiquement le genre d’obstacle que l’on peut se prendre en pleine nuit sans que l’on ne puisse rien y faire. Ça à l’air d’être une bouée pour la pêche ou quelque chose comme ça. De notre côté, la pêche, ça va ça vient.

De manière générale nous pêchons plutôt bien pendant cette traversée, et de nouveaux poissons qui plus est. Un barracuda, un Thazard et un poisson qui ressemble à un thon avec une ligne bleue et une ligne jeune sur le flanc, très bon (un « Yellowtail fish », après recherche). Et puis nous manquons une fois de plus un beau marlin, il casse la ligne. Soit il était trop gros, soit le fil que nous a donné Ben en Papouasie est de mauvaise qualité, soit nous n’avons pas de chance, soit les dieux de la mer sont contre nous, ce qui revient peut-être au même.

Le Vendredi 8 dans la matinée, alors que Joaquim est à la barre, Robin occupé à mettre en place une ligne de pêche, un boom sur la coque retentit dans le bateau, Brendan sort en vitesse, et Robin, sur l’arrière du bateau, s’écrit : « Oh merde, une tortue… On a foncé dans une tortue ! ». Heureusement, elle n’a rien et repart tranquillement, sûrement un peu sonnée. Ekolibri à l’air de bien se porter aussi, en tout cas nous sommes toujours au sec à l’intérieur.

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Samedi 9 septembre, du vent de retour pour nous pousser jusqu’à Bali, ou presque…

  

Le vent est revenu dans la nuit, entre 15 et 20 nœuds, ce qui nous permet de retrouver des moyennes de navigation acceptables, entre 5 et 6 nœuds. Hier en fin d’après-midi, nous avons aperçu sur bâbord, juste au-dessus de l’horizon, une lueur qui n’était ni un bateau, ni une étoile. Aux jumelles, nous apercevons un panache de fumée, puis cela se précise. Oui, cela ressemble bien à une grande flamme, ça pourrait être une torchère. Vérification sur notre logiciel de navigation, en effet il y a bien une plateforme pétrolière. La torchère brûlera toute la nuit sur notre bâbord, telle une bougie géante ou un phare qui serait notre point de repère dans la nuit, en continu.

Au matin, Bali est en vue, ainsi que Lombok, nous arriverons dans quelques heures, peut-être un peu plus selon les courants que nous rencontrerons. Cet endroit est connu pour ses courants, ils arrivent du nord entre les îles et se perdent dans l’indien au sud. Petit à petit, au regard de l’état de la mer, nous nous rendons compte de leur influence. En quelques milles, nous passons d’une mer aux vagues hautes et rapprochées à une mer d’huile, puis des vagues à nouveaux, mais plus petites, et surtout une houle immense, très ample, majestueuse. Ces changements d’état ce font brusquement, sans mesures, c’est impressionnant, vraiment.  Quelques heures se transforment en une journée, en une soirée. Le vent est tombé et nous avançons au ralentit. Un courant nous pousse sur Lombok et nous sommes obligés de mettre le moteur pour se dégager, puis un autre courant nous éloigne de Benoa, le port de Bali que nous visons. Ce courant est à 5 nœuds environ et nous sommes obligés de viser 340° au compas pour aller à 280°, nous avançons de guingois…

Finalement, à 4h du matin, nous entrons dans le chenal avec un courant favorable de 5 nœuds et allons mouiller en face de la marina que nous découvrirons au matin, car nous avons le chic depuis un moment pour faire nos atterrissages de nuit.

 

Bali, Indonésie.

Nous allons rester un petit peu ici, surtout parce que nos copines nous retrouvent, enfin celles de Joaquim et de Robin. Nous allons donc faire 2 semaines de vacances avec elles. Vous avez correctement lu j’ai bien écrit « vacances » et on vous entend déjà nous crier depuis le froid de la France : « Quoi des vacances ? Non mais sans blagues les gars ça fait plus d’un an que vous voyagez sous le soleil là, vous abusez nan !! »  Et nous vous répondons : « Alors oui et non… bon ce n’est pas aussi clair que ça… »

En fait pour nous c’est « vacances » car nous ne tournons ni reportage ni web-série et que nous allons visiter le pays, des monuments, etc. Comme des touristes quoi.

Nous visiterons le temple d’Uluwatu, la ville d’Ubud et ses singes, l’île de Lembongan, les rizières. La baie d’Amed et ses eaux translucides : nous multiplierons les plongées sur épave ou temples sous-marins. A dos de scooter, nous nous fraierons des chemins dans les embouteillages, en doublant par la gauche ou par la droite, suivant le flux des véhicules et notre degré d’acceptation du danger.

  • Distance parcourue : 2000 milles nautiques.

  • Vitesse moyenne : 6 noeuds de moyenne sur 14 jours de navigations. Autant dire qu’Ekolibri a cassé la baraque!

  • Nombre de jours en mer : 14 jours de mer pour 2000 milles parcouru. Autant dire que …