Toujours vers l’ouest, au revoir la Polynésie. Adieu ou peut-être à bientôt.

 

Vendredi 7 Juillet, départ de Tahiti.

C’est aujourd’hui que nous repartons de Tahiti. Nous allons quitter la baie Phaeton, traverser à nouveau la passe avec de chaque côté les énormes rouleaux qui viennent se fracasser sur le reef. Une fois de plus, nous avons un peu de vague à l’âme, nous sommes tout silencieux et fixons l’île, puis l’horizon à l’ouest et à nouveaux l’île. Quitter Tahiti ressemble un peu à un second départ. Ici nous étions accueillis par des amis et il y a du monde pour nous dire au revoir. Mais être marin c’est ça aussi, à un moment donné, il faut repartir, même à contrecœur. La vie ici est belle et simple, il y a la montagne et le lagon. Il fait bon toute l’année même si ok comme l’hiver arrive en ce moment l’eau fraîchie il faut l’avouer, 25-26°. Les gens sont adorables et la culture polynésienne est très forte, très présente. En juillet c’est le festival de Heiva. C’est un peu les jeux olympiques de la Polynésie, il y a des compétitions de Va’a (pirogues) et de kayak, des concours de danse et de chants traditionnels, c’est vraiment super.

Nous partons, c’est vrai, mais l’on garde tout de même dans un coin de la tête que peut être, un jour, on repassera dire bonjour. Notre programme de navigation, c’est direct vers les Fidji, sans assistance et sans escale. Les 3 trois premiers jours, nous laissons à tribord des îles qui nous font rêver et attises en nous une sensation d’hésitation : « on est bien sûr qu’on s’en va là ? Parce que bon… quand même, la Polynésie après ça, ce ne sera pas tous les jours. ». Moorea, Raiatea puis Bora Bora et Maupiti. Quand on vous dit que ça fait rêver. Une fois au large et plus une seule île en vue, la traversée commence véritablement. La mer est relativement calme pendant les 6 premiers jours, il y a en général entre 5 et 15 nœuds de vent et notre allure va du travers au grand largue, très tranquillement.

Lundi 10, la routine quoi…

En fin d’après-midi de ce lundi, nous entendons une espèce de gros raffut à tribord et apercevons des centaines d’oiseaux qui chassent. En dessous d’eux, un énorme bouillonnement, c’est un banc de poissons, probablement des thons, qui chassent eux aussi. Toute cette vie est concentrée à dévorer goulument un autre banc de poisson, plus petits, des sardines ou des anchois ou toute sorte de petits poissons qui se trouvent dans cette partie du pacifique. Nous sortons rapidement les cannes et tentons notre chance, mais la chasse est à une centaine de mètres, soit un peu trop pour que notre leurre attire l’attention d’un thon.

Et puis, nous entendons un espèce de gros raffut à bâbord. C’est aussi une chasse, tout pareil, sauf que celle-ci se rapproche de nous et que nous nous rapprochons d’elle. Changement de bord pour pêcher ! Nous passons presque dans tout ce tumulte et surprise, les requins sont de la partie, un peu plus profond en train d’essayer à coup sûr de croquer ni vu ni connu un ou deux thons. Cela n’empêche pas Robin de lancer son leurre en plein dans ce qu’on pourra appeler « cette grosse marmite d’eau bouillante » car c’est exactement l’effet que ça fait. Un lancé, 2 lancés, 3 lancés, PAF ça mort, un beau thon, il tire et se défend beaucoup, sonde en profondeur. Nous ne sommes pas très confiants, les requins doivent être fous en-dessous vu comment le thon se débat. Ça ne rate pas, la ligne casse, le vilain requin a mangé le gentil thon qui aurait bien nourri ces fiers marins ! Fin de la partie de pêche, Robin l’a mauvaise, ça ne fait jamais plaisir de perdre un poisson et encore plus un leurre, ça pollue et ça coûte les yeux de la tête.

Les jours suivant, nous croisons beaucoup de poissons. Il y d’abord de gros thon qui sautent à une dizaine de mètres d’Ekolibri et nous hésitons à essayer de les pêcher avec les cannes à lancer que nous avons, ils sont vraiment gros, peut-être 1m à 1m20. Malheureusement ils ne mordent pas à la canne de traîne, qui elle supporterait le coup sans problème. Nous renonçons donc. Deux jours plus tard et après avoir pris une belle dorade de plus d’un mètre, il y a des centaines de petits thon, disons de 1 à 3 kilos par animal, qui dépassent le bateau de part et d’autre, pendant toute la journée. En revanche, il n’y pas moyen d’en attraper un seul, ils sont complètement désintéressés de nos leurres, c’est frustrant parce qu’on adore le thon.

Lundi 17, c’est l’anniversaire d’Igor.

Un anniversaire sur un bateau 0 déchet dans l’océan pacifique, ça ne se passe pas tout à fait comme à terre. Tout d’abord, on ne souffle pas de bougies… nous n’avons pas de bougies, allez savoir pourquoi. Enfin ça va on survie sans les bougies. Ensuite il n’y a pas de gâteau non plus, nous n’avons pas de quoi en faire, même le plus simple des gâteaux. Dites-vous bien que là on survie beaucoup moins bien sans gâteau, surtout Igor.

MAIS nous nous arrangeons pour faire un repas digne de ce nom, avec un petit coup à boire etc. En plus de ça, comme si le dieu des anniversaires existait, nous entrons en communication VHF avec un bateau qui nous talonne depuis trois heures et nous rattrape inlassablement. C’est un voilier de 25m, ANTAO, en convoyage vers l’Australie. Les marins à bord sont français, bretons par-dessus le marché, et super emballés par notre projet. Nous passons bien ½ heure à discuter dans le combiné et Igor a le droit à un joyeux anniversaire en bon et due forme, entre l’archipel des Tonga et celui des Samoa. C’est quand même la classe pour fêter ses 27 ans !

Samedi 22, derniers jours avant les Fiji.

Sur la fin de notre traversée vers l’île de Viti Levu, nous croisons beaucoup de Thons et nous en pêchons quelques-uns. Nous retrouvons également des dauphins et nous en sommes heureux car ils se font rares dans le pacifique, ou alors nous sommes malchanceux. Nous apercevons aussi une baleine, furtive, à l’arrière d’Ekolibri. Nous avons juste le temps de nous émerveiller lorsque nous apercevons son dos noir, après avoir entendu son souffle.

Les conditions de vent sont très changeante, un coup ça souffle et un coup c’est la molle, un coup nous sommes grand largue et un coup bon plein. Du grand n’importe quoi en somme !

Mardi 25 ou mercredi 26  Juillet, Vuda Marina, Ile de Viti Levu – Archipel des Fiji.

Nous arrivons, après 18 jours de mers, en vue du lagon et de la passe de l’île de Viti Levu. Le vent souffle assez fort dans notre dos et nous décidons de rouler le génois pour faciliter notre passage car, même si la passe est assez large, il faut rester vigilant. Une fois dans le lagon, la houle disparaît et nous filons à 8,5 nœuds, sous grand-voile seulement, et parcourons les 15 milles qu’il nous reste en moins de 2h, de la folie !!

A quelques encablures de la Marina, nous décidons d’appeler à la VHF pour prévenir de notre arrivée et savoir comment procéder. Après un certain nombre de tentatives, nous avons enfin un retour et voilà de quoi il ressortait : « Bonjour Ekolibri, bienvenue aux Fiji. Alors comme il est 16h30 passé vous ne pouvez pas faire les formalités aujourd’hui, recontactez nous demain à 8h, en attendant amarrez-vous au corps-mort matérialisé par la bouée blanche ».

Sous-entendu pour nous : «  … et passez une bonne nuit bien tranquille au mouillage dans 20 nœuds de vent et 1 m de vagues ». Non mais sans blagues, on vient de passer presque 20 jours en mer…. Aller ce n’est pas grave, on en a vue d’autres, de toute façon on s’en fou, d’abord.

Petite précision sur les jours et les dates : nous avons passé, quelques jours avant d’arriver aux Fiji, ce qu’on appelle communément une faille spatio-temporel. Cela veut dire que lorsque nous étions le dimanche 23 à midi, nous sommes passés en 1 seconde au lundi 24 à midi. Une faille spatio-temporelle, sur la planète terre, ça peut paraître impressionnant. En réalité, nous sommes passés du fuseau horaire +12 au fuseau horaire -12, ce qui se traduit par un changement de jour pour nous. Oui, ça fait bizarre.

Escale à Viti Levu, ou tout ne se passe pas comme prévu.

Si nous avons décidé de nous arrêter précisément à la Vuda Marina de l’île de Viti Levu dans l’archipel des Fiji, c’est sur recommandation d’un ami à Tahiti. Le plan était le suivant : « Allez voir Timoteo de ma part, il est venu ici à la marina à Tahiti et on ne lui a rien fait payé avec son bateau, il en fera de même pour vous à la Vuda marina où il travaille, c’est du tout cuit, profitez-en. » Génial, on adore voir se profiler ce genre de bon plan. Les marinas sont synonymes pour nous de douches, eau, électricité, lessives et facilités de bricolage sur le bateau. Tel est le projet, à la Vuda Marina nous irons nous amarrer.

Quelques 18 jours plus tard et une nuit d’attente au mouillage dans 20 nœuds de vent et 1 m de vague, nous y voilà. Le personnel de la marina nous accueille chaleureusement avec une belle chanson traditionnelle accompagnée d’une jolie balade à la guitare. Nous sommes reconnaissant de cette bienvenue et heureux de pouvoir enfin poser pied à terre, ou presque… « Attendez attendez, on a aussi une petite pilule à vous faire avaler !! » Avant de pouvoir gambader gaiement en territoire Fidjien, il faut :

  • Passer le contrôle sanitaire. ¼ d’heure de visite, « Etes-vous en bonne santé ? Tout à fait Monsieur ! » 165$ fidjiens (diviser par 2 pour avoir le change en $ américain).

  • Passer le contrôle de biosécurité. Cela concerne tout ce qui est fruits, légumes, graines, etc. Par rapport au risque d’importation de variétés étrangères. 180$ fidjiens et ils nous volent notre dernier Giromon (genre de potiron), à cause des graines soit disant.

  • Faire les papiers d’entrée sur le territoire et passer le contrôle de la douane sur le bateau. 1h30 de démarches et 130$ à payer à la fin du séjour.

Voila ! Bienvenue aux Fiji, la note est déjà bien salée, vivement la douche. Avant de nous rendre à notre place à quai, nous faisons savoir que nous voudrions voir Timoteo. Avec tout ce qu’on vient de payer heureusement qu’on moins, la marina sera gratuite.

« Salut Timoteo ! Nous venons de la part de untel, un ami ! »

« Qui ça ? »

« Oui il a dû t’envoyer un mail, nous venons de telle marina à Tahiti. »

« Euh les gars je ne vois pas de quoi vous parlez, j’ai du travail, on en parle ce soir. »

Ok d’accord, ça s’annonce super bien, trop génial. En soirée, nous arrivons à remettre le grappin sur Timotéo. D’après lui, il est juste allé avec son patron dans cette marina à Tahiti, en avion et non pas en bateau, pour faire de la publicité. Il ne peut rien faire pour nous et on peut dire qu’il n’en a littéralement rien à faire de notre histoire.

Juste le temps de digérer ce sale coup et de se dire que finalement nous allons payer plein pot, nous ne nous démontons pas. Nous allons faire le maximum de bricolage sur Ekolibri, faire de bonnes courses, travailler sur le projet et surtout ne pas trop traîner. L’accès à internet à la marina n’est pas excellent et en plus il est payant. Ce n’est donc pas évident pour nous de mettre en ligne nos vidéos et tout le reste.

Fiji, le pays des bus sans fenêtres.

Pour faire nos courses, nous nous rendons dans la grande ville la plus proche, Lautoka, à 20 ou 45 minutes, selon si on y va en taxi ou en bus. Le taxi, c’est rapide et direct et ça coûte 15$. Le bus c’est moins rapide et moins direct, avec un changement, ça fait 7$. Tout ça pour 4. Dans le bus, il n’y a pas de fenêtres et ça nous fait bien rire parce qu’à pleine vitesse, nous ressemblons beaucoup à des chinois. En revanche, cela permet de bien s’imprégner des différentes odeurs : les routes poussiéreuses au bord desquelles grille du poulet et du cochon, le dépôt de bois au port de commerce, les rues surchauffées de la ville, à midi. Nous trouvons à Lautoka tout ce dont nous avons besoin, et surtout de la farine et du riz en gros sacs. Il y a également un énorme marché ou nous faisons le plein de fruits, légumes et œufs. Nous sommes étonnés de voir la proportion de population indienne ici, à peu près 50%. Cela nous change beaucoup de Tahiti, à tous les niveaux : culturel, culinaire, etc. Ici aussi, l’accès à internet n’est pas évident. Nous avions prévu une journée de travail mais impossible de trouver un endroit où l’on puisse profiter du wifi. Il n’y a que des cyber-café sans wifi, nous ne pouvons donc pas travailler sur nos ordinateurs.

Nous rencontrons beaucoup de gens très sympa, des Fidjiens et des navigateurs. Il y Jim et Sam qui travaillent à la marina, l’un comme ouvrier au chantier naval et l’autre comme commis au restaurant. Il y a Moon, le coréen qui a acheter son bateau aux Etats-Unis et qui parcoure le pacifique avec. Il vient de récupérer à son bord 2 bateau-stoppeuses, Claire et Bonnie, qui se sont elles-mêmes rencontrées en faisant du bateau-stop sur le même navire de pêche, depuis l’Australie. Nous sommes aussi contents de découvrir la boisson nationale, le Kava. Le Kava est une racine broyée et, comme le thé, infusé dans de l’eau (froide). Tout le monde en boit ici et normalement il y a des effets sur la perception, comme de l’alcool en plus soft. Nous n’avons pas senti grand-chose et attention au goût, ça va en dégoûter plus d’un. Imaginez une soupe à la terre et vous serrez sur la bonne voie.

Après 5 jours nous larguons les amarres, cap sur l’archipel des Vanuatu, réputé pour sa nature restée sauvage, puis La Papouasie, bien connue pour le mode de vie traditionnel de ses habitants, et enfin Bali, première escale dans l’océan indien.  Nous n’oublions pas, avant de partir, de payer les 380$ que nous devons à la marina. Merci beaucoup Timotéo, on ne t’oubliera jamais et j’espère que vous non plus, si vous allez à la Vuda Marina de l’île de Viti Levu dans l’archipel des Fiji.

  • Distance parcourue : 2000 milles presque exactement.

  • Vitesse moyenne : 4,7 noeuds, mais c’est parce que nous avons eu pas mal de pétole.

  • Nombre de jours en mer : 18, toujours parce que nous avons eu pas mal de pétole…