Sailing for Change croise en Polynésie Française.

Mercredi 7 Juin, 9h00, arrivée à Fatu Hiva – Archipel des Marquises.

Nous sommes ARRIVES !!! Après 45 jours de mer, nous remettons pied à terre. Ah ben tient, c’est bizarre, ça tangue toujours… Oh les gars c’est quoi le truc là ? Mais nan tranquille on rigole, c’est normal c’est le mal de terre : ça tangue comme sur le bateau sauf que nous ne sommes pas sur l’eau. Rassurons-nous rassurez-vous, ça ne dure pas longtemps et puis tout le monde n’y est pas sensible.

Première mission sur Fatu Hiva, petit déjeuner. Nous avons très très faim, une faim d’ogre. Vous n’avez pas oubliés que depuis 5 jours, on se rationne en boites de conserves froides, que nous avons eu la super bonne idée d’acheter avant de partir, en dépit de notre ligne de conduite. Mais en même temps ça se recycle plutôt bien, c’est la règle des 5 R, l’honneur est sauf. Donc petit déjeuner à base de jus d’orange et chocolat, ensuite déjeuné chez Paulho, riz poulet salade ! Paulho nous le rencontrons en demandant ou est ce qu’il est possible de manger. « Ici » il nous dit, mais il faut revenir dans 2h. Ok Paulho pas de problème on va aller se renseigner à la poste à propos d’internet et du reste en attendant. A 14h Paulho nous présente de belles assiettes ainsi que de très bonne bananes, nous nous régalons. Voilà, maintenant on peut réfléchir sereinement à la suite… Surtout pour l’eau, le gaz et le gasoil. En sachant que nous n’avons que l’équivalent de 200 $ en euros et dollars et qu’il est impossible de retirer ici… Il va falloir la jouer fine les prochains jours.

Nous rencontrons beaucoup de gens adorables ici, qui vont nous aider à trouver ce que l’on cherche. Bon pour l’eau ce n’est pas compliqué étant donné qu’il y a un réseau d’eau gratuite qui vient de la montagne, de la bonne eau de source. Nous faisons donc des allers-retours avec nos bidons entre le robinet au port et notre bateau.

Pour ce qui est du gaz c’est assez drôle. Comme nous sommes ici comme presque en France, les bouteilles de gaz sont les même et nous aimerions donc échanger la nôtre qui est vide contre une pleine. Le problème est le suivant : leurs bouteilles sont grises et la nôtre est bleue, donc ils ne veulent pas la prendre. Non mais sans blague, ce sont les même. « Oui mais non, à Tahiti ils n’en voudront pas du coup nous on va perdre nôtre caution ». Bon d’accord. Pour ce qui est du gasoil c’est pire, apparemment il n’y en a pas du tout. Aller aller les gars on se décourage pas hein !!

Avec tous les gens que nous rencontrons et de fil en aiguille, nous faisons la connaissance de Didier, fabriquant d’Ukulélé traditionnels marquisiens, magnifiques. Il nous offre des pamplemousses et son neveu des citrons verts. En plus de ça, il est d’accord de nous échanger notre bouteille de gaz, lui il s’en fou, il va la repeindre, voilà ! Aussi, il veut bien nous dépanner 20L de gasoil de sa réserve personnelle, trop sympa !

Un après-midi alors que l’on revient justement de chez Didier, nous croisons un voisin de mouillage, Pierre-Yves, qui discute avec un local, Chita. Chita s’avère être un grand chasseur de cochon sauvage, le sanglier du coin en fait. Tous les deux sont en train d’organiser une chasse pour le soir, à laquelle nous nous joignons avec plaisir, comme de rien. Le rendez-vous est à 16h30 chez Chita et nous arrivons à la bourre, ils sont déjà parti. On nous indique par où et on se rend compte qu’en fait nous les avons croisé, dans la voiture rouge, mais apparemment, ils ne nous ont pas vu. Chemin inverse. Finalement ils nous attendent et nous pouvons y aller. Nous grimpons la colline, la vue est magnifique. Une fois dans un replat au milieu de la jungle, l’affût commence. Le jeu est d’attendre à un endroit de passage que les dits cochons se ramènent gentiment pour que Chita puisse ajuster le plus gros dans son viseur. L’attente est longue, il y a du bruit à droite, à gauche, mais pas de cochons à venir sur nous. La nuit est belle dans la jungle, il y a la lune qui traverse la canopée et éclair le sous-bois de sa pâle lueur, c’est très chouette comme ambiance. Après 4h d’attente, nous décidons de rentrer, bredouilles malheureusement. Cela n’empêche pas Chita de nous inviter chez lui pour le repas, il y a le cochon du midi à finir. Nous apportons un peu de rhum arrangé de Martinique et une bouteille de vin rouge pour le remercier.

Avant de quitter Fatu Hiva, nous tenons à passer dans la baie plus au nord, la baie de Hanavave, que l’on traduit par la« Baie des Vierges ». Mais en fait, le nom donné à la baie par les marins avant que les missionnaires arrivent, c’était la « Baie des Verges », rapport à toute l’architecture naturelle de grands pic arrondis de pierre volcanique millénaire, érodée petit à petit par les vents et la pluie. Arrivés au mouillage, il y a déjà plus de bateau, un vent du diable en rafales et un fond assez peu sûre pour l’accroche de l’ancre. Nous pensions aller faire une belle promenade pour aller découvrir LA cascade du coin mais il commence à pleuvoir des cordes et on nous indique que ça peut être dangereux avec ce temps-là… Damned.

Nous pique niquons en attendant et une fois que ça se calme, nous faisons tout de même une marche dans les collines, c’est très beau. Avant de reprendre la mer vers les Tuamotu, nous passons chez un artisan croisé plus tôt dans la journée. Il vend des tiki mais nous n’avons presque plus de monnaie et il est toujours impossible de retirer ici. Du coup, nous faisons du troc : contre trois visages tikis scultés dans du bois et un Tapa (peinture sur de la coco tressée, ça fait comme du tissu épais), nous offrons un tire bouchons, une bouteille de vin, 21$ et l’équivalent de 3 boites de café soluble ramené de France (par rapport à ce qu’ils ont ici, c’est le top du top !). Nous sommes super content de repartir avec ces souvenirs, c’était un peu inespéré. Nous saurons à l’avenir que le troc dans les îles, ça marche du tonnerre !

Dimanche 11, cap sur les Tuamotu.

 

Après ces 4 jours passé dans l’archipel le plus à l’est de la Polynésie Française, il faut déjà repartir, à contrecœur. L’accueil ici est exceptionnel, on se sent comme chez soi, entre amis. Aller, ciao les Marquises.

Nous repartons à l’ouest, avec un peu de sud pour rallier Fakarava, aux Tuamotu, cap à 235°. Le vent est avec nous entre 10 et 15 nœuds, il nous porte grand largue pendant 4 jours et le temps est dégagé. 4 jours, ce n’est vraiment rien du tout après les 45 jours depuis Panama, surtout que maintenant nous avons fait le plein d’eau et de nourriture, surtout des fruits : pamplemousses énormes, bananes, citrons verts.

Nous avons hâte d’arriver à Fakarava car nous allons y retrouver le père d’Igor et faire un reportage sur le projet « Va’a Motu », une histoire de pirogue à voile comme on en fait plus depuis 50 ans. Aller aller, vogue Ekolibri, à fond !

Fakarava est un atoll, une très vieille île qui s’est transformée petit à petit, par le jeu de l’érosion, en une grande bande de terre circulaire-rectangulaire abritant un immense lagon. Il y a deux passes pour entrer dans le lagon, une sud et une nord. Nous arrivons par le nord. Et puis, en remontant vers Rotoava, le village principal, nous entendons des cris sur la plage, un cerf-volant vert flotte dans le vent, c’est lui, c’est Serge, le père d’Igor. C’est super de se retrouver ici au milieu de l’océan pacifique.

Comme il est dans une « pension » ici, un genre de camping, nous pouvons profiter du petit déjeuner le matin.  Jacques, le propriétaire, nous a à la bonne. Donc le matin c’est un festin, divers jus, confitures et boissons chaudes, nous apprécions carrément le geste.

Pour les quelques jours que nous passons ici, il faut que nous soyons efficaces, nous devons trouver les personnes qui sont responsables du projet et les interviewer, connaître les tenants et les aboutissants. Jacques de la pension est d’accord de nous prêter des vélos qu’il met à la disposition de ses clients. Tous nos trajets ce font donc sur deux roues, à l’ombre des palmiers, le long du lagon sur la « Route Chirac » (route de plusieurs km construite spécialement pour Jacques Chirac à l’occasion de sa venue, sauf qu’il n’est jamais venu.).

Serge, qui a pu tâter le terrain depuis 5 jours, commence par nous emmener voir la grande pirogue qui a été construite, elle est très belle et n’attend que de se glisser dans l’eau pour parcourir le lagon. Nous partons ensuite à la recherche des personnes concernées, notre enquête commence. Avec Serge, nous allons voir Manate, n°2 de l’association qui gère le projet. Il nous explique tout un tas de chose sur le projet, nous montre une petite pirogue en chantier. L’idée du projet c’est donc la construction d’une grande pirogue traditionnelle à balancier, un « Praho », pour représenter l’action menée ici. Elle doit aussi servir à faire divers relevés scientifiques dans le lagon qui est classé comme « Réserve de la Biosphère ». Suivra normalement la construction de 10 pirogues plus petites à raison de 2 par an pendant 5 ans.

Va’a Motu a été en partie impulsé par Julien Girardot, photographe reconnu notamment pour sa participation à des expéditions Tara et l’association est soutenue par nombre de partenaires dont la fondation Explore de Roland Jourdain.

Dans toutes ces explications, Manate évoque une maquette, la maquette qui aurait servie pour la construction de la vraie pirogue. Elle serait chez Ato, le président de l’association, qui habite au PK 6 (point kilométrique), vers l’est. Nous enfourchons nos vélos et pédalons sur la route Chirac, à fond la caisse.

Nous rencontrons Ato, le « cerveau » du projet, personnage adorable et haut en couleur. Il nous offre une interview les pieds dans l’eau mais nous informe que la maquette, il ne l’a pas. C’est sa cousine qui l’a, elle habite au PK 9. Nous enfourchons à nouveau nos vélos et en chemin on se dit que ce serait trop mortel d’organiser quelque chose avec la maquette et l’école du village. Comme nous aussi nous avons une maquette de Sinagot dans le bateau et que les élèves ont déjà participé au projet en faisant un concours de dessin sur la pirogue, on se dit qu’il y a matière.

Nous arrivons chez la cousine, mais pas de cousine en vue, elle est infirmière et fait sa tournée. En revanche, la maquette est la ! Après quelques photos, nous repartons vers la pension de Jacques. Nous appelons successivement la directrice de l’école pour lui proposer notre idée et la cousine pour savoir si on pourrait emprunter la maquette, mais de ce côté pas de réponse. Jacques, qui sait à peu près tout sur l’île, nous dit que si on veut voir la cousine, elle sera à l’aéroport à 14h. Après manger Brendan et Robin foncent vers l’aéroport, au PK6 vers l’ouest. En chemin, Robin déraille environ 25 fois, ce qui nous met presque ne retard.

L’aéroport se résume en un bâtiment d’environ 100m carré, toujours ouvert, avec 2 guichets, c’est tranquille, personne n’a besoin d’enlever ses chaussures, sa ceinture ou son slip pour prendre l’avion. Nous attendons la cousine, jusqu’à 15h… Bon oui parce que les heures ici, voilà ce n’est pas tout à fait exact tout le temps non plus, faut pas abuser quoi.

C’est d’accord, la cousine peut apporter la maquette à l’école quand on en aura besoin. Merci ! Avec la directrice de l’école – vraiment très emballée par l’idée – nous convenons que le mardi sera parfait pour une intervention de notre part. Mardi c’est aussi le jour ou Manate pourrait à priori nous accompagner pour faire un tour de Pirogue, Ato étant occupé jusqu’au mercredi. La journée s’annonce chargée, pirogue le matin et école l’après-midi, on s’arrête pas à Fakarava. Mais c’est quand même beaucoup plus sympa que le bureau.

Le lundi Manate nous dit que finalement il sera occupé le lendemain et qu’il faudrait demander à son fils pour la pirogue. Nous enfourchons nos vélos et partons rencontrer Teio. Lui aussi sera occupé. Mince, il faut qu’on trouve quelqu’un absolument ! Toujours les fesses sur la selle nous parcourons l’île à la recherche des ouvriers qui ont participé à la construction de la pirogue et qui ont pu naviguer dessus. Nous trouvons Tivao, il nous renvoie vers Patrice car lui sera à la pêche. Patrice ne sera pas disponible non plus… Ça ne s’annonce pas très bien. Tant pis, on se dit que nous ferons de la pirogue quand même, on est des marins non d’un chien.

Mardi matin, nous commençons à préparer la pirogue quand Manate débarque. Il est là en fait et pas occupé du tout, mais il n’a pas envie de monter sur la pirogue, on sent comme une sorte de malaise. Une fois la pirogue à l’eau et grée, après de nombreuses relances, Manate accepte finalement de venir avec un amis et son fils. Deux québécois que l’on connaît de la pension passent justement par-là, on les embarque ! C’est parti, plus on est de fous plus on rit. Vogue la pirogue sur le beau lagon.

Depuis chez lui, Ato nous aperçoit sur l’eau et débarque avec 2 amis. Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire, personne n’est occupé en fait. Bref il y finalement beaucoup de monde attirés par l’évènement et nous faisons un second tour avec la fille de Manate et d’autres locaux, c’est génial. Ils nous aiderons tous à remonter la pirogue sur le sable, le moment est vraiment sympa.

Juste le temps de dévorer un sandwich et nous allons directement à l’école primaire pour présenter notre projet, parler des déchets et du projet Va’a Motu. Les écoliers sont déjà très sensibilisés à la question des déchets et ont participés à plusieurs actions de ramassages suivis d’atelier de transformation des déchets : faire des guirlandes avec des bouteilles plastique redécoupées, réaliser une fresque avec les bouchons des bouteilles. Ils ont beaucoup de questions et nous aussi ! Nous leur offrons une petite maquette de Sinagot et nous recevons en échange des dizaines de dessins, c’est un très beau moment de partage.

Mardi 20 juin, après Fakarava, Tahiti.

 

Et voilà, nous dînons à quai le soir, croisons Antoine le chanteur, Icône de « Atoll, les opticiens » et reprenons la mer vers Tahiti dans l’archipel de la Société. Nous n’avons pas beaucoup de vent le premier jour, mais il fait très beau. Les 2 jours suivant, le temps reste au beau mais nous naviguons désormais arisés sous 20 à 25 nœuds de vent.

Notre escale à Tahiti sera surtout une escale technique. Nous dirons aussi au revoir au père d’Igor avant de continuer vers les îles Fiji. Nous serons accueillis par Terii, un ami. Nous aurons la chance d’assister à une soirée de danse traditionnelle polynésienne du festival annuel « Heiva » à Papeete. Malheureusement nous n’aurons pas le temps d’aller voir la célèbre vague de surf « Teahupoo », réputée dans le monde entier.

La passe pour entrer dans le lagon à Tahiti ne fait qu’une centaine de mètres de large et il y a de la houle qui fait se former de très grosses vagues qui viennent s’écrasées sur le récif, c’est très impressionnant, il ne faut pas se rater ! Aller Ekolibri, tu peux te reposer maintenant, prépare toi aux 2000 milles suivant jusqu’aux Fiji.

  • Distance parcourue : environ 800 milles entre les Marquises, les Tuamotu et Tahiti.

  • Vitesse moyenne : entre 4 et 5 noeuds, certains diront que l’on se traîne un peu…

  • Nombre de jours en mer : 5 puis 3, Fakarava entre les deux.

  • Nombres d’oeufs pondus par Marcelle et Hardie : ce coup-ci nous n’avons pas vraiment compté, entre 1 et 2 tous les 2 jours.