Un petit goût de paradis

Du 8 au 14 mars – Notre traversée depuis Haïti jusqu’aux San Blas.

Après avoir quitté Haïti, ses problématiques, les déchets et la pauvreté, mais aussi la générosité des gens, leur gentillesse et la belle part d’espoir qu’ils entretiennent, nous mettons le cap sur l’archipel des San Blas, à quelques milles de la côte nord du Panama. Nous avons décidé, avant de traverser le canal, de s’arrêter dans ces îles réputées paradisiaques pour y découvrir les indiens Kuna, un peuple amérindien connu pour son mode de vie resté traditionnel, tourné vers la nature et la pêche, mais aussi vers le tourisme, dans une certaine mesure.

Il nous faut une bonne semaine pour arriver en vue des premières îles, mais nous ne sommes pas arrivés là sans mal. Les 4 premiers jours, nous avons entre 25 et 30 nœuds de vent établis, il y a de belles rafales et surtout, une houle de trois-quarts arrière qui fait faire de belles embardées à Ekolibri. Le matin du quatrième jour, à 5h du matin, Joaquim prend de côté une grosse déferlante, Ekolibri se couche sur le flanc et à l’intérieur, tout vole. Robin à l’avant, se prend une boite de jeu de société sur le nez et saigne à grosses gouttes. Brendan, dans le carré se fait bombardé d’objets dont il est difficile d’imaginer qu’ils aient pu voler à travers le carré comme ça. Cette méchante vague déchire notre capote et emporte malheureusement un bidon, pourtant bien arrimé. C’est un peu le chaos dans le cockpit et nous sommes contents de ne pas avoir perdu Joaquim dans l’histoire. Mais nous sommes en deuil et en colère, dans ce bidon il y avait le foin des poules et maintenant il flotte au milieu de la mer des Caraïbes, il est devenu un déchet et cela sonne comme une défaite pour nous, dans cette bataille contre la mer et les vagues.

Après 4 jours, le vent se calme et la mer dégrossie, nous voguons plus sereinement et plus tranquillement maintenant, mais toujours le vague à l’âme parce-que nous n’avons plus notre capote, on espère que ce sera réparable… Quand nous arrivons en vue des premières îles, nous distinguons d’abord les petites boules formées par les têtes des palmiers, qui  « flottent » au-dessus de l’horizon, parce que l’on est trop loin pour distinguer les troncs. C’est assez sympa, c’est comme dans un conte ou un film, ça fait un peu « Jack Sparrow découvre enfin l’île aux trésors ». Sauf que pour nous le trésor, c’est le lagon et non pas les pièces d’or. Dans l’enceinte de la barrière de corail, plus de houle, rien, niet. Une eau bleue translucide, des îles au ras de l’eau avec des cocotiers dessus, voilà le décor. Sous l’eau, c’est un petit paradis aussi, raies à tête d’ange, raies Manta, barracudas, requins, poissons perroquet, etc. A ce stade là on se dit que 10 jours, ça va faire court en fait, surtout en sachant que les San Blas comptent au bas mot une centaine d’île. Il va falloir bien choisir nos mouillages…

Des mouillages, nous en ferons 5. Enfin plutôt 4 en fait parce que le deuxième ne compte pas : nous arrivons, mouillons l’ancre et nous préparons à plonger. Nous n’attendons que ça de plonger. Il y a des pêcheurs à une centaines de mètres, entrain de poser un filet tranquillement. Nous prenons l’annexe, jetons l’ancre de l’annexe et plongeons à l’eau. Une demi-minute plus tard, un des pêcheurs, un indien Kuna en colère dans sa barque nous dit que c’est interdit de chasser ici, qu’en plus il faut payer et que de toute façon il va prévenir le conseil de machin chose. Ni bonjour ni au revoir, juste tirez-vous. Du coup on décampe.

Pour le premier mouillage, nous arrivons d’Haïti et il est 6h du matin. En arrivant dans le lagon, nous talonnons. C’est-à-dire que la quille d’Ekolibri tape dans une grosse patate de corail. Ça fait bizarre et ça nous embête vraiment pour la patate… Du coup on se dit que Navionics (notre logiciel de navigation sur smartphone) c’est super fiable, mais quand il s’agit de récif corallien, il vaut mieux être prudent. Nous contournons le haut-fond en se disant que désormais, on le saura. Les îles autour de nous sont magnifiques et nous hésitons à descendre à terre directement. Finalement nous décidons de nous reposer. A midi, une barque des Kuna nous accoste pour nous faire le marché, fruits, légumes, œufs. Trop génial ! On essaye de troquer avec eux du vin rouge, de l’huile d’olive et de la bière trouvées dans des poubelles de Martinique. Ça fonctionne, mais juste pour l’huile d’olive.

Au deuxième mouillage, nous tombons sur 3 voiliers à couples, tous de vieux gréements : le SV Prism, le One World et le Drummer, mais tous avec des équipages de jeunes et arborant le pavillon des Etats-Unis. Nous nous saluons de loin. Après avoir été plongé, nous décidons d’aller à leur rencontre. Ils nous invitent à manger le soir et nous ramenons les 4 beaux poissons chassé dans l’après-midi. Eux ont préparé plein de choses, ce sera un festin ! Les 2 sœurs qui naviguent sur le One World croisent depuis 1 an et demi dans l’archipel, la capitaine du Drummer depuis 3 ans. Nous n’avons pas trop de mal à les comprendre, cet espace est resté sauvage, en dehors des tumultes du monde moderne. On ressent une grande liberté. Les trois bateau mettent les voiles le lendemain et nous ferons pareil le jour d’après. Plus tard nous apercevrons le One World au mouillage, au détour d’une île, quelques dizaines de milles plus loin. Nous mouillerons aussi au côté du SV Prism à Puerto Lindo sur la côte est du Panama.

Les 2 derniers mouillages sont les plus beaux, nous faisons de belles rencontres parmi les indiens et découvrons des fonds à couper le souffle. Cet archipel est un délice, 10 jours passent en un claquement de doigt, un battement de cils. Il nous faut déjà rejoindre Puerto Lindo, contacter notre agent pour le passage du canal. Nous partons en fin d’après-midi et naviguons au près, entre les îles, avant de rejoindre le large et d’abattre vers notre prochaine destination, Puerto Lindo au Panama.

  • Distance parcourue : 630 milles, en ligne droite, sans bords !

  • Vitesse moyenne : 5,5 noeuds, en ligne droite, sans bords !

  • Nombre de jours en mer : 6 jours, en ligne droite et sans bords, toujours !

  • Nombres d’oeufs pondus par Marcelle et Hardie : 3, soit pas assez pour tout l’équipage…