Panama, le canal, le Pacifique

Puerto Lindo, c’est un petit village de pêcheurs, encaissé dans une baie abritée du large et entourée de belles collines ou pousse la jungle. Les maisons sont colorées, le vert de la jungle est très vert et le chant de la faune omniprésent. Il y a des centaines d’oiseaux qui chantent, surtout le matin. Et puis il y a les singes hurleurs aussi, qui sont là, proche de nous et nous font bien savoir qu’ils sont là, surtout le matin au lever du soleil. Le lendemain de notre arrivé, notre agent nous indique que nous allons pouvoir faire inspecter le bateau dans 2 jours. Nous sommes obligés de faire inspecter le bateau par un agent du canal pour ensuite pouvoir passer le dit canal : longueur, largeur du bateau, est-ce que vous avez des toilettes à bord, etc.

Nous repartons et nous rendons à Colon. Se faisant, nous découvrons l’embouchure du canal et les dizaines de cargo qui attendent, soit pour traverser, soit pour décharger leur cargaison au port. C’est très impressionnant, mais du coup le mouillage de Colon n’est vraiment pas exceptionnel. Pour faire simple, c’est en plein milieu du port de commerce, avec son lot d’épaves et le ballet des remorqueurs, jour et nuit. Ce qui est bien en revanche c’est que nous avons « Colon 2000 » à proximité, un centre commercial construit la pour accueillir la foule de touristes qui débarque des ferrys, chaque jour, pour quelques heures de shopping. C’est bien pratique parce qu’il y a des café avec internet, et internet pour nous, c’est crucial pour travailler. Après l’inspection du bateau, notre agent nous dit que nous passerons le canal dans 20 jours…

-De quoi ? Comment ça dans 20 jours ? Mais c’est dans hyper longtemps ça !!

-Pas le choix les gars, il n’y a pas de place avant.

-D’accord, il va falloir s’occuper.

Pour commencer nous passons 1 semaine à Colon pour travailler. Nous squattons au « Grand café » presque tous les après-midi. Le serveur dira à son collègue : «  tu vois les 4 là, ils vont commander une boisson et travailler la jusqu’à ce soir vers 22h, je commence à les connaître ». Tout juste l’ami, on a du travail.

Ensuite nous sommes allés 2 jours à la Shelter Bay Marina pour nettoyer le bateau, bricoler et prendre des douches. Oui parce qu’en fait depuis le Cap-Vert, nous n’avons pas pris de douche à l’eau douce. Et encore au Cap-Vert c’était une douche froide dans des toilettes publiques. Bref, nous décidons qu’après avoir récupéré Mylène à Colon (c’est la copine de Brendan), nous retournerons à Porto Lindo faire remplir notre bouteille de gaz avant de retourner une semaine aux San Blas… Faire remplir une bouteille de gaz française ici, c’est mission impossible. Nous avons essayé à Colon mais ils n’avaient pas l’embout approprié, ensuite nous avons demandé à la Shelter Bay Marina. Ils nous disent que oui c’est possible mais ça met 5 jours et c’est 50$, quand même. Un équipage nous indique qu’à Puerto Lindo, le hollandais de la Casa X remplit n’importe quelle bouteille pour 30$ maximum, nous allons tenter le coup. Casa X c’est LE restaurant pour les marins à Puerto Lindo.

Une dizaine d’heure de navigation plus tard, nous y voilà de retour. Le petit village de pêcheurs est toujours là, au fond de la baie où pousse la jungle sur de belles collines. La multitude d’oiseaux et les singes hurleurs nous confirment qu’ils sont toujours là, eux aussi. Hans de la Casa X nous confirme qu’il peut faire remplir notre bouteille pour 30$, en revanche il faut qu’il l’envoie à Panama City et ça mettra environ 3 jours. Mince, notre plan de croisière aux San Blas s’évanoui…

Enfin bon le coin ici est quand même très jolie, ne nous démontons pas. En plus à Casa X nous pouvons manger chaud de temps en temps parce que comme nous n’avons plus de gaz nous ne mangeons que des salades. Le restaurant n’est pas très cher, c’est bon et c’est très honnête en quantité. Pour passer le temps, nous décidons de partir marcher sur une piste indiquée par Hans et qui mène le long de la côte vers le nord. Ce faisant nous tombons sur la Panamarina, une marina dans la mangrove, tenue par des français.

Nous allons aux renseignements et apprenons que :

1 – le lendemain il y a un bœuf (de musique) ici et un chili con carne (au bœuf) pour pas cher.

2- Nous avons la possibilité de passer 2 jours dans une cabane dans la jungle, chez un ancien guérillero, Miguel, qui vie en semi autarcie au sommet d’une colline dans la forêt. Au final, nous irons au bœuf et dans la jungle.

A la soirée nous rencontrons Fabrice, le cuistot, qui se construit une cabane sur la colline de Miguel. C’est lui qui nous emmènera dans la jungle. Rendez-vous lundi matin 9h pour prendre le bus.

Pour aller chez Miguel, il faut marcher une heure, d’abord sur une piste, puis dans la jungle. Sur le chemin, Fabrice demande à un ami de nous emmener en camion. Avec tout ce qu’on a apporté de nourriture et d’affaires, ça nous arrange. Arrivé chez Miguel, nous sommes émerveillés de découvrir un petit coin de paradis au milieu de la jungle : vu imprenable sur la vallée et la rivière, superbe cabanes, douches et four à pizza. Au programme le lundi : aider Fabrice à monter des planches d’à peu près 50kg chacune du bas de la colline jusqu’en haut. Elles vont lui servir à continuer sa cabane. La pente est raide, le soleil de plomb, c’est un travail de farça. Nous trouverons notre réconfort le soir, en dévorant de délicieuses pizzas cuites au feu de bois. Entre temps, Miguel nous fait visiter. Il fait pousser des tas de choses ici, élève des poissons, des cailles, des canards et des poules. Son but est d’être autonome. Nous lui parlons de permaculture et lui nous répond que « maintenant ils mettent des mots sur tout mais en fait, c’est des choses que les hommes ont toujours fait, partout ! ».

Miguel c’est un révolutionnaire dans l’âme. Partit de chez lui à 14 ans, il a été élevé par des révolutionnaires basques avant d’émigrer en Amérique centrale et de combattre avec les zapatistes pendant 10 ans. Nous discutons des heures avec lui  et il nous parle de son histoire de la marche du monde, des gentils et des méchants. Il soutient que les méchants ce n’est pas forcément ceux-là même qu’on traite de méchant et l’on ne peut s’empêcher de penser que  quelques part il a un peu raison.

Le lendemain Fabrice nous emmène en excursion dans la jungle pour nous remercier de lui avoir donné un coup de main pour les planches. Il nous expliquera beaucoup de choses sur les arbres, les animaux, comment survivre dans la jungle. Nous faisons un feu pour manger le midi, au bord de la rivière. Nous mangeons dans des feuilles de bananier et nous baignons dans l’eau douce. De l’eau DOUCE.

D’abord, se balader dans la jungle ça nous change pas mal de l’océan et c’est bien, nous prenons beaucoup de plaisir à gambader. Ensuite, se baigner dans l’eau douce c’est vraiment trop génial, nous avions presque oublié.

Après l’excursion, nous faisons nos adieux et retournons prendre le bus pour regagner Puerto Lindo et retrouver notre cher Ekolibri. Notre bouteille de gaz est enfin revenue, nous pouvons lever l’ancre.

Mercredi 12 avril, Shelter Bay Marina.

Nous sommes de retour à la Shelter Bay, mais cette fois au mouillage (parce que c’est cher la marina), à l’entrée. Nous devons récupérer les pare-battages et les aussières pour traverser le canal, demain. Cela ne nous empêche pas de profiter de la piscine et des douches… Nous sommes aussi à la recherche d’une personne supplémentaire pour traverser le canal, il faut que nous soyons 5 c’est obligatoire. L’agent peut fournir une personne en plus mais c’est 100$, donc on a dit que nous avions quelqu’un. Il ne reste plus qu’à la trouver. Nous faisons le tour de la marina en demandant à droite à gauche et trouvons notre bonheur en rendant visite à l’équipage de l’ « Orphin ». L’« Orphin » est en préparation et c’est la « Sailing Community » qui l’a acquis ici. La Sailing Community, c’est des jeunes qui rachètent des bateaux à retaper et puis qui naviguent dessus ensuite. Il y 7 bateaux à ce jour et ils ont pas mal de followers sur facebook. En discutant avec eux, ils nous informent que Cali les a rejoints il y a 2 jours, c’est une fille qui voyage depuis 3 ans. Elle accepte de traverser le canal avec nous, accompagnée de son gros sac.

Une fois le matériel récupéré, nous levons l’ancre et nous rendons à la « flat zone », car demain à 6h du matin, nous embarquons un agent et partons pour l’océan pacifique.

La traversée se passera au mieux, entre les énormes cargos et les îles verdoyantes du lac Gatún. Nous sommes tout le temps au moteur, c’est obligatoire, et nous passons le temps en jouant de la musique ou à des jeux. Nous sommes 3 voiliers à traverser aujourd’hui et dans chaque écluse, il faut que nous soyons à couple. Comme tout est très bien réglé, nous sommes talonnés par un porte-conteneurs. Le problème c’est que nous sommes le plus lent des 3 voiliers et nous prenons un bon retard sur le lac. A quelques centaines de mètres des écluses qui donnent sur le pacifique, le responsable du groupe, qui est sur le plus gros des 3 voiliers, pense qu’on ne sera pas là à temps il s’inquiète. Victor, notre agent, lui assure que si et lance à la VHF : «  On est venu ensemble, on repart ensemble » sur un ton de réplique de film. « Vous allez être prêt ?? » « Oui on sera prêt !! » Ça nous amuse pas mal sur le coup et on en rigolera avec les autres équipages ensuite. C’est un contre la montre qui se joue, il faut que nous arrivions avant que le porte-conteneurs ne nous rattrape. Tout se passera finalement bien, nous passons la dernière porte, déposons Victor puis Cali. Elle saute dans la barque qui revient chercher le matériel. Adieu Cali, bon voyage.

Nous nous rendons à la Flamenco Island pour faire des courses et fêter l’anniversaire de Joaquim. Nous restons quelques jours et ça nous permet de faire un tour à Panama City, de faire le grand marché aux fruits et légumes. Nous décidons de ne pas trop traîner et de partir pour Venao, à l’ouest, pour rencontrer Guillaume et son projet de permaculture au sein d’Ecovenao.

Lundi 17 avril, Venao.

Après un peu plus de 24h de navigation, nous arrivons dans l’anse de Venao, délimitée à l’est par la pointe Venao et à l’ouest par la pointe Madronia. Il est 4h30 du matin et nous sommes accueillis par de grands dauphins qui dessinent de magnifiques trainées sous nos lampes. Il n’y a pas de lumière sur la côte et l’on entend bien les vagues déferler sur la plage, c’est donc difficile de savoir exactement ou mouiller. « Ne nous mettons pas trop près de la plage ni des falaises, on verra pour le reste demain. »

Au matin – enfin autour de midi pour être précis –  nous découvrons l’immense plage et partons rejoindre Guillaume à terre. Entre nous et la terre, il y a les vagues qui viennent s’échouer sur la plage, en gros rouleaux. Nous, sur notre annexe, nous partons sans trop nous poser de questions… Erreur fatale ! Nous finissons à l’eau et avons pas mal de chance de ne pas tremper nos sacs. Nous nous trouvons bête de ne pas avoir prévu ça, c’est un classique.

Une fois à terre, nous rencontrons Guillaume qui se révèle être, en moins de 10 min, un mec génial : « Salut les gars ça va ?  Bon de quoi vous avez besoin ? ». Il nous trouve tout de suite une solution pour remplir nos vaches à eau en discutant avec le patron de l’hôtel ou nous venons d’accoster. « Oui pas de problème vous pouvez utiliser le robinet qui est la ! », parfait. Il nous conduit ensuite à Ecovenao, nous met à disposition son bureau et part voir si nous pouvons profiter d’une maison, une « lodge », ici dans Ecovenao (Ecovenao c’est un centre d’éco-tourisme et de reforestation). Confirmé, nous partons vers les hauteurs du domaine afin d’emménager dans la dite « lodge ». En chemin, Guillaume nous glisse « Bon les gars on vous a mis les petits plats dans les grands… » Ah ouai en effet. Nous restons un peu bouche bée car en fait nous arrivons à une petite villa, vue sur l’anse et la forêt, douches et lits de 4m de large rien que pour nous. On vous laisse imaginer ce bonheur du marin qui va passer 2 nuits à terre dans des vrais lits, après 6 mois de voyage.

Une fois l’excitation retombée, nous organisons le séjour avec Guillaume. Au programme : rencontre avec les volontaires, participation au travaille sur la permaculture, la Finca comme il l’appelle –la ferme -, visite guidée. Guillaume nous propose également d’aller passer une nuit sur la Finca de Kun son « bras droit » ici, avec les volontaires. C’est à 2h de marche dans les collines. On dit qu’on va y réfléchir parce qu’on ne pensait rester que 3 jours et que ça nous retardera de 2 jours mais c’est pour la forme. Nous en avons tous les 4 envie sans se le dire… Avant toute chose, nous remplirons nos vaches à eau, se sera fait.

Ne croyant pas si bien dire, nous partons le cœur vaillant pour faire des allers-retours entre le robinet et le bateau. C’était sans compter sur la barre de vague qui nous sépare. Les vagues font entre 1 et 2m en général et les moments plus calme sont rares. Première tentative, nous nous faisons retournés par un gros rouleau et cherchons les bidons et les rames dans les déferlantes ou sur la plage. Nous retentons.

« Une nouvelle vague nous jette à l’eau, moi Igor et Brendan. Quand je ressors la tête du bouillon, une main sur les lunettes l’autre sur le chapeau, je vois Joaquim qui a réussi à s’agripper à l’annexe. La petite sœur arrive, emporte Joaquim, toujours dans l’annexe, droit vers moi, dans un super surf. J’ai juste le temps de replonger, une main sur le chapeau, l’autre sur les lunettes ».

C’est un véritable fiasco mais finalement, après 2h de durs efforts, nos vaches à eau sont pleines !

Ce que fait Guillaume ici est génial. Il est chargé de développer une permaculture sur 1 hectare de champ à vaches. Cela fait 1 an et demi qu’il a commencé et les résultats sont déjà probants. Il a mis au point un système d’irrigation simple mais efficace qui permet de garder la terre humide même pendant la saison sèche. « Avec ce système, je n’ai rien inventé. Les civilisations utilisent ça depuis la nuit des temps. »

Il sélectionne les plantes résistantes et utiles, celles qui demandes peu d’entretien et donnent abondamment leurs fruits ou leurs racines, comestibles. Son crédo c’est de « Cultiver la terre » grâce au composte et de « laisser faire la nature » qui « comble les vides ». Il n’est que la main qui organise l’espace, il laisse la nature faire le reste. « Il ne faut pas travailler comme un forçat, ça ne sert à rien de se faire du mal, il faut laisser travailler la terre. »

Sa philosophie est riche autour de la permaculture, c’est un tout, une façon de vivre en harmonie avec son environnement. On pourrait l’écouter parler des heures.

Nous rencontrons les volontaires de la Finca et travaillons avec eux. Ils viennent de France, d’Argentine ou de Colombie et sont tous animés par l’envie de changer les choses, d’aller de l’avant et croire en l’avenir. Maria-Andrea, Maca, Valentin, Athenais et Fiona sont étudiants ou anciennement dentiste. Nous passons de très bons moments avec eux sur la Finca et partageons les mêmes valeurs. La randonnée avec Kun et la nuit passée en Hamacs dans les collines nous rapproche d’avantage. Les au-revoir sont émouvants mais nous devons reprendre la mer et filer vers l’ouest, vers la Polynésie, les îles Marquises.

Ce sera notre seconde grande traversée après l’Atlantique. C’est celle qui nous prendra le plus de temps, 1 mois et demi. C’est le Pacifique que l’on va traverser.

  • Distance parcourue : à peu près autant en 20 jours d’attente qu’en 2 jours de navigation sur l’atlantique.

  • Nombre de jours en mer : 2 et demi, en plusieurs fois.

  • Nombres d’œufs pondus par Marcelle et Hardie : toujours entre et deux par jour, chanceux que nous sommes.