Samedi 4 Juin, Port de Bénalmadena (Malaga) – Marbella.

Après 3 jours d’escales un peu forcée, 2 jours pour le moteur et 1 journée de bonus à cause des mauvaises conditions, nous sommes décidés à rallier Gibraltar, enfin. Nous mettons les voiles à 9h, vent dans le nez, ce qui nous oblige à tirer des bords au près. Nous voulons essayer la trinquette mais il y a une houle assez formée, ça ne va pas être facile. Pour l’instant nous avançons bien comme ça avec la moitié du génois et la grand-voile en entier.

Vers 11h, je vais jusqu’à la proue pour défaire l’étai largable. Ça bouge beaucoup et je me fais rincé direct, je suis trempé. En même temps, j’entends Serge crier à l’arrière, 2 fois, et sur le coup je pense qu’il fait « Youhou » parce que je me prends justement des seaux d’eau sur la tête. Quand je reviens au cockpit, Danielle me dit : « Serge est à l’intérieur, il s’est fait mal aux doigts ». Je descends et je vois ça main en sang, ça pisse vraiment et je vois tout de suite que c’est grave. Il a l’annulaire et l’auriculaire bien amochés, ce n’est pas très beau à voir. Pour faire vite, ses doigts sont passés dans la poulie de l’écoute de grand-voile, juste en dessous de la bôme. Si Danielle n’avait pas lofé à temps (remonté au vent), il y avait des chances pour qu’ils les perdent ses doigts, pas facile après pour se gratter les oreilles.

Enfin, je lui fais une poupée avec les moyens du bord et nous devons trouver le port le plus proche parce qu’il a besoin de points de sutures. Ce sera Marbella, 30 milles avant Gibraltar. Encore une fois, Gibraltar reste un objectif à atteindre. La navigation pour rejoindre la « Marina Bajadilla » à Marbella est difficile, une houle très courte sur laquelle Ekolibri tape, nous n’avançons pas très vite. Une vague plus grosse que les autres déferle sur le pont, se fraye un chemin sous le capot et vient inonder la table à carte alors que je suis en train de regarder la route pour Bajadilla. Ça fait 5 litres d’eau salée sur les cartes, heureusement qu’elles sont prévues pour. Enfin, il faudra régler ce problème avant notre départ autour du monde, ce n’est pas possible autrement. La côte est toujours aussi construite, parsemée d’immeubles dédiés au tourisme essentiellement.

Nous arrivons enfin à Marbella et Serge peut se rendre à l’hôpital qui, par chance, se situe à 500 m du port. Bilan, 7 points de suture sur l’annulaire et 4 sur le petit doigt. Quand même.

Entre l’accident de Serge, les conditions de mer, le fait que je sois trempé et le temps que nous avons mis pour rejoindre le port, on ne peut pas dire que cette navigation était une partie de plaisir.

Retrouvez ici la carte du convoyage

Dimanche 5 Juin.

Lavage du bateau à l’eau douce le matin, pour rincer tout ce sel. J’en profite aussi pour rincer la trinquette. A 14h, Serge et Danielle retournent à l’hôpital pour le pansement.

J’occupe mon après-midi en faisant une machine au port, en essayant de nouveau boulons pour fixer l’inverseur au moteur et ça fonctionne. Il fait très chaud, comme à peu près tous les jours depuis l’arrivée aux Baléares, et c’est un soulagement quand le vent se lève vers 15h. Lorsque Serge revient, il a une atèle à l’annulaire. En fait, le doigt est cassé, et vu la puissance dans la voile avec le vent, finalement ça ne m’étonne pas.

Demain nous partons vers Gibraltar, si tout va bien. Comme nous voulons passer le détroit mercredi car les conditions sont optimales (vent d’est et marée favorable) nous avons 2 jours pour couvrir les 30 milles qui nous séparent de cette 1ère grande étape : la sortie de la méditerranée. Normalement ça devrait aller, 30 milles en 48h, on est loin du marathon.

Enfin, sortir de cette mer fermée, ne plus avoir tout ce sel, il y en a beaucoup moins en Atlantique. Troquer ces vents changeant au possible et sans demi-mesure pour des vents plus établis. Et puis naviguer sur de belles houles, longues et plus régulières. Voilà ce qui nous attends, pour une traversée de 10 jours jusqu’aux Açores, 1000 milles environ. J’ai hâte, et je sais qu’Ekolibri aussi. Pour lui comme pour moi, ce sera une première fois. L’océan, le vrai, l’Atlantique.

Lundi 6 Juin.

Dans la matinée, Serge et moi partons à la recherche de fusibles neufs dans la ville de Marbella. Nous commençons par le chantier du port ou on nous indique que ce sont de vieux fusibles et qu’il devient difficile d’en trouver. Eux n’en ont pas. Ils nous indiquent cependant une boutique à 15 minutes à pied de là. Dans la boutique en question, ce n’est pas possible de trouver ça non plus, c’est « muy antico », trop vieux. On nous redirige vers un autre magasin, ou apparemment il y aurait plus de chances. Ce sera non également, mais merci d’être passé. Essayez donc de ce côté-là. Non, non et re-non. Au final, nous avons dû faire à peu près une dizaine d’enseignes avant de se faire indiquer la boutique «  Electronico blanco » dans le centre-ville. Encore ¼ d’heure de marche. Et enfin, bingo ! Les fusibles tant convoités, dans cette boutique comme on en fait plus, avec de micros tiroirs par centaines ou il est possible, à mon avis, de tout trouver. C’est une vraie caverne d’Ali baba pour électricien. Nous achetons aussi du pain et des calamars frais pour le midi, miam !

Après manger, et même s’il n’y a pas de vent, nous décidons de tailler la route, histoire de ne pas trop traîner, la méditerranée ne nous réussit pas plus que ça. Nous ferons du moteur jusqu’à la « Duquesa », ou nous mouillerons à quelques encablures du port, face à la plage. Il fait beau, chaud, la mer est plate et nous allons profiter d’un joli coucher de soleil.

  

Mardi 7 Juin. 

Départ à 9h30, mer d’huile, cap sur Gibraltar, plus décidés que jamais. Il ne reste que 15 milles, une bagatelle. Malheureusement, ce seront 15 milles au moteur, la méditerranée se refuse à nous envoyer du vent. Il fait déjà chaud mais le temps est brumeux donc la visibilité n’est pas très bonne.

A mi-parcours, nous pêchons 2 maquereaux à la traîne mais le premier se décroche avant que je n’ai pu le récupérer à bord. Et puis nous entrons dans la brume, une brume plus épaisse qui ne nous laisse pas de visibilité au-delà de 50 m.

L’ambiance est particulière, on devine le soleil à bâbord mais tout est blanc, ouaté.

Alors que je suis en train de préparer le maquereau, Danielle m’appelle sur le pont, la « Pointe de l’Europe » est en vue. Gibraltar enfin, nous voilà. La « Pointe de l’Europe » est reconnaissable par ses deux petits sommets (environ 400m) et le premier est apparu dans la brume, sans crier garde, c’est vraiment super, majestueux.

Nous slalomons ensuite entre les différents navires marchands qui attendent dans la baie de Gibraltar. Nous cherchons à nous rendre à la « Queensway Marina », en territoire Anglais. Et oui, Gibraltar est une enclave Anglaise (ou la majorité des produits sont détaxés, cela dit en passant).

Mercredi 8 Juin. 

Après cette courte escale qui nous permet de faire un plein de carburant de 150 litres pour un montant de 49€ (vive la détaxe !), nous mettons les voiles vers Cadiz (Cadix). A nous l’Atlantique, après ce détroit, s’en est fini de la méditerranée. Nous profitons d’un vent d’est et marchons vent arrière vers l’océan. A bâbord, c’est l’Afrique. Nous distinguons les monts de la « Sierra Bullones », au Maghreb, malgré une légère brume. Ça fait drôle de se dire que là, à quelques dizaines de milles, c’est l’Afrique, cet immense continent. Petit à petit, nous faisons nos adieux à la Belle Bleue, la méditerranée, à ces quelques petits pépins qui nous ont valus de petites escales forcées. A présent nous naviguons tournés vers les Açores.

Mais d’abord, faire retirer les points de suture de Serge, c’est pour cela que nous nous rendons à Cadiz (et aussi pour faire les courses et se préparer à la traversée).

La sortie du détroit se passe sans encombre, il fait beau, la mer est clémente et il y a très peu de trafic. Nous nous attendions à pire, surtout vis-à-vis des cargos. Le passage de Tarifa et de la pointe de « Marroqui » est un peu plus délicat, le vent a forci et nous l’avons toujours de l’arrière. Il y a aussi un peu plus de houle, en partie due au courant. Attention à l’empannage, ça pourrait faire des dégâts sur le bateau et sur les matelots, et ça, on n’en veut pas ! Serge est à la barre et gère cette affaire en bon capitaine. Nous passons la pointe, Tarifa est derrière, c’est gagné. Bonjour Atlantique.

Nous remontons désormais vers Cadiz et nous avons donc le vent un peu plus sur le travers, presque grand-largue. Nous faisons route directe à 7-8 nœuds et passons le cap de Trafalgar, sur notre côté tribord. Vers 20h, le vent tombe et nous devons finir au moteur. L’arrivée à « Puerto Cherry », dans la baie de Cadiz se fera de nuit, sous le regard attentif d’un hélicoptère de l’armée espagnole qui tourne et retourne. Veillez à bien suivre les feux rouges et verts du chenal s’il vous plaît, il ne faudrait pas aller se planter sur un haut-fond si près du but.

Ouf, l’arrivée se fait sans encombre, merci à José (le gardien du port. Il ne s’appelle pas José mais je trouve que ça va assez bien à tous les espagnols dont je ne connais pas le prénom) pour son aide précieuse.

Jeudi 9 Juin.

Nous devons mettre à profit cette escale pour faire le plein d’eau et de nourriture avant notre départ pour 10 jours de mer vers les Açores. C’est aussi l’occasion de vérifier le bateau, resserrer les boulons de l’inverseur au moteur, réparer le bout qui sert à hisser les pavillons (la petite poulie plastique du haut avait sauté au moment de hisser le pavillon Espagnol à l’arrivée à Cadiz). Il fait vraiment très chaud, 30° sans problème, et sans mentir.

A 17h nous allons nous baigner et ça fait un bien fou (sauf Serge héhé, le pauvre est handicapé d’une bande à la main).

Demain c’est le grand départ, 10 jours de mer. J’ai hâte, Ekolibri aussi. On se souhaite mutuellement bonne chance, à dans 10 jours !