Port de Mahon – Ile de Minorque – Mercredi 25 Mai.

Nous larguons les amarres à 14h de Port Mahon, après de folles dépenses en matériel (résine époxy pour la fuite de l’avant, 28€, joint pour le hublot 46€ et manette moteur + demi-heure du mécanicien 109€). Merci. Mais bon c’était nécessaire.

Nous mettons le cap au sud-ouest, le vent plutôt dans le dos. Nous prenons le large et Minorque s’efface petit à petit. Nous n’allons pas très vite mais nous avançons quand même. Et voilà s’en est fini de notre escale aux Baléares. Nous avions pensé nous arrêter à l’ile de Cabrera ou de Formentera mais vu les conditions à venir (vent du nord-est et fort coup de vent prévu pour le week-end (28-29)) nous avons décidé de tirer directement vers le sud de l’Espagne, Carthagène puis Almeria, peut-être.

La soirée est humide et tiède. Il ne fait pas froid mais les vestes de quart sont mouillées, salées aussi. Un peu avant la tombée de la nuit, un petit oiseau tourne autour du bateau, il a l’air épuisé mais n’ose pas se poser. Enfin, après ¼ d’heure, il se pose et trouve sa place à l’avant du capot. Il va y rester jusqu’au matin. Nous le recueillons mais malheureusement il succombe à la fatigue.

Jeudi 26 Mai.

Pour mon quart de nuit de minuit à 2h, la mer est grise et le ciel est gris aussi. Vers minuit et demi, la lune apparaît dans le dos d’Ekolibri, légèrement voilée, jaune pâle. L’ambiance est silencieuse au milieu de la méditerranée, plutôt sympa.

Au milieu de la nuit c’est pétole, on met au moteur. Pour dormir, c’est le top. Pour mon quart de 6 à 8h, on remet les voiles, vent arrière. C’est vraiment pas facile de barrer en gardant le cap et sans empanner. A la prise de quart de Serge, nous allons toujours vent arrière à grand largue.

Nous essayons le spi en début d’après-midi. C’est pétole à nouveau. Ça ne marche pas et nous nous détournons de notre cap : 180 au lieu de 230. Ce n’est pas comme ça qu’on va rallier Gibraltar. Nous remettons le moteur jusqu’à 17h. Le vent revient un peu, entre 5 et 10 nœuds. Le ciel s’est dégagé, il fait beau et chaud, c’est très calme, apaisant. Et nous avons un nouveau petit compagnon, un petit oiseau encore. Il est très à l’aise et très confiant, il va partout sur le bateau même à l’intérieur, c’est trop génial ! Nous l’avons appelé Colibri, évidemment.

Colibri est parti sans prévenir, après avoir fait le bateau en long, en large et en travers. Le vent tombe complètement  vers 21h30 et nous sommes obligés de remettre au moteur. Comme c’est mon temps de repos, le moteur, c’est pas la super éclate. Mais bon c’est comme ça, il faut avancer on a un bateau à convoyer.

A minuit pour ma prise de quart, le vent est un peu revenu donc nous repassons à la voile et ça fait du bien ! La lune sort des nuages à l’est, vers 1h du matin. Elle est d’un jaune pâle et éclaire la nuit étoilée, quoiqu’un peu nuageuse.

Vendredi 27

2h, prise de quart de Serge. Le vent est tombé il y a 10 min, rebelotte, on remet le moteur. Décidement ce volvo penta veut m’empêcher de dormir. Mais ça va, comme la vitesse est stable ça reste un bruit de fond. Ce n’est pas le top quand même. 6h, nouveau quart pour moi. Le vent s’est bien relevé, 10-12 nœuds. On ressort le génois et j’arrive à faire du 6-7 nœuds, la mer est calme, ça avance bien, c’est vraiment plaisant. Il y a un bateau de pêche à tribord mais pas de danger, il rejoint les côtes espagnoles plus à l’ouest que nous. 

8h, le vent tombe de nouveau. On remet le moteur. Je vais dormir. C’est une conspiration.

Quand je me lève à 11h30, c’est toujours pétole. On décide de se baigner juste avant de manger, c’est un peu nuageux mais il  fait très chaud. L’eau est bonne, d’un bleu profond. Il y a 1200m de fond, c’est pas la confiance absolue. Un calamar géant ou un Mobydick ça s’est déjà vu, je le sais bien.

Nous profitons de ce bain pour vérifier le sondeur. Il y a bien un petit espace entre la coque et le sondeur mais nos réparations à bord ont bien fonctionné, il y a très peu d’eau à passer.

Quitte à être mouillés et pour laver le sel, nous nous lavons à l’eau douce, au soleil sur le pont, ça fait un bien fou. On passe ensuite à table et hop le vent revient. On reborde et voilà, 7 nœuds au sud-ouest, vers Carthagène.

Bon ! Nous avons bien gazé à l’ouest, le vent est favorable donc ça donne envie. Mais pour le coup c’est un peu trop à l’ouest, on fait plutôt route vers Alicante. Nous sommes obligés de virer de bord, cap 150, sud-est et ça nous rallonge un peu.

Samedi 28.

Nous avons le vent dans le nez, 10 à 15 nœuds, il est impossible de faire route directe. La houle n’est pas du tout favorable non plus, nous tirons des bords mais nous n’avançons que très peu. Les fruits et légumes du filet suspendu valdingues dans le bateau. Ça tape fort à l’avant et il y a de l’eau à arriver sous l’évier.

Prise de quart de Serge, le vent à forci donc je vais prendre un ris dans la grand-voile et reprendre du génois. Ça va mieux, ça tire moins sur le bateau, mais ça nous fait pas plus avancer.

Quart de 4 à 6h. La lune monte enfin et il y a une multitude de méduses qui s’illuminent en bleu-violet dès aussitôt qu’elles sont prisent dans la vague formée par l’étrave.

La journée n’est pas mieux que la nuit, nous tirons des bords pour rallier cette Carthagène qui nous est refusée par ce vent contraire. Et cette houle contraire aussi. Et il y a de l’eau à revenir à l’avant. Il y a décidément quelque chose qui cloche au niveau des toilettes.

Nous croisons deux tortues qui se dorent la pilule en surface. Vu les conditions et comme nous voulons arriver avant la nuit, nous allumons le moteur. C’est bruyant, ça pue et ça pollue mais nous n’avons pas le choix.

A 16h, je sors d’une petite sieste dans la cabine arrière, ça bouge pas mal, beaucoup même. Allongé, je glisse sur la couchette vers le fond de la cabine, c’est assez drôle. Je sors, c’est Danielle qui est à la barre. Le vent est fort et ça commence à mouiller. Il y a de la houle, de la houle de méditerranée, pas très régulière, serrée et formée. Je prends mon quart, ça forci et je commence à prendre des paquets de flotte sur le coin de la bobine.

Ca forci encore et la houle est grosse (pour la méditerranée et pour moi, novice de la navigation). Je maintiens le cap coute que coute. Toujours pas de terre en vue, mais des vagues et des embruns, oui !

Serge sort de son bouquin et me rejoint. Maintenant c’est un peu la baston, c’est paquets de flotte sur paquets de flotte et du vent à 35-40 nœuds. Toujours au moteur, on affale la grand-voile, ça tirait un peu dans la barre. Du coup, ça n’avance plus, le moteur ne suffit pas dans cette houle et avec ce vent de face. On renvoie la grand-voile au 3ème ris et ça va mieux. Nous faisons entre 6 et 8 nœuds.

Je suis trempé au niveau des bras et du torse car la veste de quart prend l’eau. Ça fait 2h que je barre dans ces conditions et je commence à être rincé, au propre comme au figuré. J’ai plus de sel sur le visage qu’il en faudrait pour saler la purée du soir. Tant bien que mal, nous arrivons à nous abriter derrière le cap « Cabo de Palos » et nous pensons mouiller dans la baie, Carthagène, ce n’est pas pour aujourd’hui, ça bastonne de trop au niveau du cap et il reste 15 milles à parcourir.

C’est beaucoup plus calme dans la baie et ça fait du bien. Mais juste au moment de mouiller, grosse bourrasque à venir du nord-est, de la terre, arrivée en 1 seconde. Ça ne facilite vraiment pas l’encrage, mais on y arrive quand même.

Le repos enfin, ou presque, il faut d’abord éponger l’eau qu’il y a dans le bateau, à l’avant et à l’arrière, un bon seau. La purée est bienvenue, accompagnée de jambon sec espagnol des Baléares, excellent. Au dodo, trop bien.